Présentation

Présentation
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J
e crée aujourd'hui un blog entièrement consacà Monsieur Renaud Séchan, afin de lui rendre hommage. Depuis que je suis toute petite, j'écoute, et réécoute ses textes, et j'avoue qu'ils ont peut-être contribués à forger mon caractère. Ses textes me touchent, me font réfléchir, je n'ai pas la prétention de connaitre le personnage par coeur, Mais en tout cas voici un apperçu de ce qui me plait chez lui.

Bo
nne visite à tout le monde







un peu de pub pour faire connaitre Renaud www.skyannu.com

# Posté le dimanche 19 février 2006 07:45

Modifié le mardi 10 juillet 2007 08:43

1952 à 1963 : Une enfance choyée

1952 à 1963 : Une enfance choyée

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Renaud Mino



Pas si loin des fortifs




" Je suis le cinquième
ex æquo d'une famille de six enfants ".







Il s'est pointé
en bande, ils étaient déjà deux le jour du 11 mai 1952. Ça se passait dans une maternité du 14e arrondissement, ou Solange Séchan, heureuse et étonnée, voyait paraître deux petites têtes de bébé garçons braillards. Elle avait déjà donné naissance à trois filles et un garçon. Avec les jumeaux nouveaux-nés, Renaud et David, l'équilibre des sexes était donc établi dans sa petite famille. Elle n'aurait plus d'autre enfant. S'occuper de toute cette marmaille demandait déjà suffisamment d'efforts. Les Séchan vivaient alors Porte d'Orléans, dans les ensembles d'immeubles en briques poussés tout le long de la limite périphérique de Paris, à l'époque des premières grandes lois sociales. Les anciennes " fortifs " ne servaient plus à rien, et il fallait combler le no man's land qui existait entre Paris " intramuros " et sa proche banlieue. Là où sont aujourd'hui construits boulevard périphérique, stades et grands ensembles, il n'y avait alors que terrains vagues et vieux relents d'après guerre. C'est Olivier Séchan qui assure à lui seul la subsistance de la famille. Solange, comme la plupart des mères de l'époque, est une femme au foyer.



" Jusqu'à ce qu'elle ait vi
ngt ans et qu'elle se marie, ma mère était ouvrière dans une usine de Saint-Etienne ", raconte Renaud. " Après, quand elle est venue à Paris avec mon père, c'était pour torcher ses six mômes... Ma mère est née à Lens, dans le Nord. Son père y a longtemps été mineur, Quant d'aller bosser comme ouvrier chez Renault. C'était un vieux militant stalinien. Il est même allé faire un voyage en Russie. Il s'appelait Oscar et j'ai fait une chanson sur lui ". Si la mère de Renaud est issue d'un milieu prolétaire, son père est un intellectuel. Il gagne d'abord sa vie comme écrivain. L'un de ses romans, publié avant guerre, a reçu le prix des Deux Magots. "Il a aussi écrit plusieurs polars aux éditions du Masque, sous le pseudonyme de Lawrence T. Ford. Il est ensuite entré chez Hachette, où il a beaucoup écrit pour les enfants et la Bibliothèque Rose. Il a fait aussi des traductions et du rewriting. Seulement, comme '1 audit de plus en plus de mômes, les droits d'auteur comptaient pas lourd. Alors il est devenu prof d'allemand dans un Lycée du 13e arrondissement, le Lycée Gabriel Fauré ". Olivier Séchan est issu d'une famille protestante de Montpellier chez qui la fibre artistique était assez développée. Elle compte des peintres, des écrivains, des cinéastes. On y aime également les richesses de l'esprit. Le grand-père paternel de Renaud, qui enseignait le grec à la Sorbonne, a voulu que son fils sache jouer du piano. Et Olivier en joue. Mais inciter ses propres enfants à en faire de même devait s'avérer autrement compliqué. Renaud se souvient en riant: " Mon père a essayé de nous pousser à apprendre le solfège. Mais c'était pas facile, parce que, comme j'avais un frère jumeau, on s'aidait mutuellement à rien foutre. Je disais: Ouais, le cours de piano, ça me gonfle... Si David y va, j'y vais. Et David disait pareil, si bien qu'on n'y allait ni l'un ni l'autre ". Les petits Séchan étaient des gamins faciles, en somme... Le genre de mômes beaucoup plus intéressés à regarder ce qui se passe autour d'eux, qu'à s'atteler à quelque tâche vaguement rébarbative.



A l'
âge de trois ans, le petit Renaud est très fier: on le convie à venir montrer sa frimousse blonde pour les besoins d'un tournage de 3 ans, le petit Renaud est très fier: on le convie à venir montrer sa frimousse blonde pour les besoins d'un tournage de Ballon Rouge, le fameux film d'Albert Lamorisse. " On était avec mon frère jumeau dans la rue, et on regardait comme des idiots ce truc, le ballon rouge, s'envoler. Tu parles d'une blague. Enfin, ça m'a fait une approche du métier ". Cette ambiance l'impressionne au même titre que celle qu'amènent avec eux les bateleurs dans les cours du groupe d'immeubles qu'il habite. " Les cours intérieures, c'était des planches pour les montreurs d'ours, les jongleurs, le musico qui venait pousser sa plainte. J'avais six ans quand je voyais ça. Et puis après, jusqu'à 16-17 ans, plus rien. Le désert culturel pour les HLM. Pourtant, moi, ça m'avait vachement marqué, tout môme ". A vrai dire, l'école ne l'a jamais intéressé outre mesure. Il y va comme tous les petits garçons de son âge, ne s'y fait remarquer ni parmi les premiers, ni parmi les derniers. Ce qu'il déteste surtout, c'est d'avoir à se lever alors qu'il fait encore nuit pour partir dans le froid. " J'étais dans un pays merveilleux et tout d'un coup, je sentais une main sur mon épaule: " Renaud lève-toi, il est six heures et demie. Habille-toi, il faut aller à l'école. Je sortais dans la rue en culotte courte, dans la nuit noire et froide, et je me retrouvais dans la cour de récréation en béton ". Avant de sortir de la maison, il voit son père, assis à son bureau, prêt pour une journée d'écriture, et il se dit qu'il serait tellement agréable de rester travailler chez soi. Rentrer chez lui après la classe présente cependant beaucoup moins d'intérêt.



" A l'époque, à la Porte d'Orléans, il y avait un te
rrain vague et un stade. Après l'école, les sportifs allaient sur le stade. Moi, j'allais avec les autres sur le terrain vague. Il n'était pas plus grand qu'un terrain de football, mais pour moi, c'était la jungle ". Quand il sera un peu plus grand, vers l'âge du Lycée, il ira parfois pousser une pointe vers Denfert ou Malakoff, avec ses copains. " J'étais pas un voyou, simplement un môme qui traînait dans les rues ". Ses copains de l'époque ne l'appellent d'ailleurs pas toujours Renaud, mais bien souvent Gaston. " Ils m'appelaient Gaston, comme le personnage de B.D., parce que j'ai les jambes arquées comme lui, je suis voûté comme lui, je suis flemmard comme lui, j'ai toujours des cernes, je suis jamais réveillé, comme lui ". Portrait sans concession. Evidemment, jamais au cours de son enfance Renaud n'a envisagé, ni même imaginé qu'il pourrait être un jour chanteur. " Je voulais faire cuisinier d'abord... Parce que, un jour, j'avais fait une tarte et mes parents avaient dit: Ah ! ce que c'est bon... C'est bien... Il est doué...Il sera cuisinier, mon fils... Alors, pendant deux ou trois ans, j'ai voulu faire cuisinier... Tous les dimanches, je faisais une tarte. C'était pas possible, on se demandait si la croûte c'était l'assiette ! ". Renaud se souvient bien de ce malaise qui fait qu'on ne sait jamais trop où on va, quand on est gosse. " La chose la plus difficile, c'est de déterminer ce que l'on veut. On est tiraillé par plusieurs tendances: celles que veulent nous inculquer les parents, celle vers laquelle tendent les copains et celle qui se cache en nous. Quand j'étais môme, par exemple, je subissais deux influences complètement opposées: celle de mon père, amateur de classique, et celle de ma mère qui avait des goûts plutôt populaires ". Dans l'appartement de la porte d'Orléans, un seul genre de musique avait le droit de cité, celle qu'écoutait son père, essentiellement faite de classique et de jazz. La chanson réaliste, la java, le tango, l'accordéon musette, qui avaient bercé l'univers de sa mère, faisaient partie d'un folklore qu'on préférait occulter pour d'indicibles raisons. Sa mère chantait pour elle même, comme ça, ou bien il lui fallait passer ses disques à elle " en loucedé ". Chez Oscar, au contraire, on chantait haut et fort les vieilles rengaines. " Je me souviens que quand j'allais chez lui en vacances, mon grand-père chantait a capella des chansons de Berthe Sylva. Il pleurait en entendant " Le Petit Bosco ". Alors, moi je pleurais aussi... de voir mon grand-père pleurer ! ". C'est seulement plus tard que Renaud, par réaction sans doute, redécouvrira les richesses de la chanson française du début de ce siècle. A vrai dire, le seul chanteur qu'appréciait son père était Brassens. Lui, on pouvait l'écouter et le réécouter, il y avait toujours la



richesse des mots. Même s'il s'est mis assez tôt (10-1
2 ans) à écrire des petits poèmes, Renaud ne décortiquait pas encore les paroles de Brassens. Il avait plutôt l'impression de subir la musique, comme le reste. Il avait certainement des choses à exprimer, mais il lui fallait d'abord passer l'obstacle de sa timidité.



# Posté le dimanche 19 février 2006 11:07

Modifié le mardi 21 février 2006 11:25

1963 à 1968 : L'ado rebel

1963 à 1968 : L'ado rebel

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Bref parcours lycéen



" Quand j'ai découvert les filles, les boums et les mobylettes, j'ai plus r
ien foutu ".











C'EST avec une honnête réputation d'élève moyen que Renaud présente, à l'
automne 63, pour l'entrée en sixième. Il est inscrit Lycée Gabriel Fauré, où enseigne son père. Mais, comme son frère jumeau, il découvre bien vite que la vie au Lycée n'est pas toujours u partie de rigolade " Avant d'entrer au Lycée, ça avait. J'étais pas meilleur élève, mais j'étais pas un cancre. Les maths, c'était encore d additions et des soustractions. Pas d'algèbre. Ah, j'ai jamais voulu admettre qu'on mélange les lettres et les chiffres.: A² + 2AB + B² ou (A + B)²: Pour moi, ça veut rien dire. On a beau m'expliquer, je ne veux pas croire. A cause de ça, dès la sixième, j'ai plus voulu m'intéresser aux maths ". Renaud va cependant devoir faire l'expérience de ce qu'il appelle " le Triangle des Bermudes: Ecole, Famille, Travail ", et le malaise l'adolescence ne tardera pas à s'emparer de lui. Outre le fait qu'il transforme bientôt en un aimable cancre: " Les copains m'appelais Spartacus, parce que j'étais toujours assis près du " gladiateur ", il se m à écrire ses premiers poèmes, " du genre: J'ai pas demandé à naît' personne ne m'aime, pourquoi je vis... ". Un jour, en regardant la télé familiale, un chanteur l'impressionne. Il s'appelle Hughes Auffray. " en dehors de Johnny, c'était alors le seul chanteur à venir à la télé sa costume ni cravate. Il a chanté " Santiano " et moi j'ai aimé tout de suite Le premier disque que j'ai acheté, c'est ce 45 tours. Hugues Auffray c'était ma seule idole ". Et puis, comme la plupart des garçons de son âge suivant leurs cours dans des classes mixtes, il s'intéresse aux filles. En dehors du dessin et du français, le reste des matières étudiées au Lycée perd rapidement tout intérêt à ses yeux. " A partir du moment où j'ai découvert les boums, les filles et les mobylettes, j'ai plus rien foutu. Grâce à l'influence de son père, Renaud parvient à rester dans le même lycée jusqu'à la troisième qu'il doit redoubler à la rentrée 67. Moins chanceux son frère jumeau s'est fait virer un an avant. Tous deux ont même passion pour la mobylette. " J'ai jamais eu de mobylette ", avoue Renaud. " J'ai roulé, beaucoup, mais j'ai jamais eu de mobylette à moi. C'était celle des copains. Ils me la prêtaient. Ou alors, c'était celles qui avaient été " tirées ". Une mob se faisait tirer des dizaines de fois. Le gars qui l'avait volée, il roulait trois jours avec et il l'abandonnait de peur de faire piquer. Alors un autre prenait la relève et il roulait à son tour deux ou trois jours avec, avant de la laisser dans un coin... Mais la mob, c'était I'évasion. Ça permettait d'aller camper et de circuler la nuit, après le boums... Dans les boums, on écoutait les disques et c'était à qui draguerait le plus de gonzesses. Il n'y avait pas de dope, à l'époque. On buvait très peu et on était jeune, alors on était tout de suite saoul si on se mettait à boire. Donc c'était à qui s'en ferait le plus... Oh, c'était des petits flirts C'était à qui roulerait le plus de pelles, quoi ! ".







Il lui faut malgré tout se s
oumettre à l'autorité de son père qui exige qu soit rentré de boum à minuit. Et cette autorité commence à nettement. peser sur les frêles épaules de Renaud. Une première occasion de s'es dédouaner se présente à la rentrée 67. Il a échoué à son BEPC, et le Lycée Gabriel Fauré refuse de le garder comme redoublant. Il recommence donc sa troisième au Lycée Montaigne, tout près du Quartier Latin L'atmosphère politique y est déjà relativement sensible. Renaud lui-même s'intéresse à divers mouvements depuis plus d'un an. Il avait fondé un Comité Vietnam avec quelques copains de son premier lycée, milite contre l'armement atomique et tenait par ailleurs de ses parents un solide culture revendicative, les ayant vu revenir de diverses manifestations, dont celle qui se termina en boucherie à la station de métro Charonne. Au Iycée Montaigne, Renaud crée un " Comité d'Action Lycéen ", menant ainsi ses premières actions militantes: faire des tracts, les distribuer, organiser des piquets de grève, discuter, combattre la connerie, déjà... Inutile de préciser que son assiduité aux cours est inversement proportionnelle à celle qu'il voue à ses activités. A l'époque, c'est un rite, quand on est du camp des protestataires, on porte les cheveux longs, Renaud ne peut pas déroger à cette coutume. Ce n'est pourtant pas du goût de son père, qui refuse de l'accepter hirsute à la table familiale Renaud sera contraint de manger seul à la cuisine. On imagine aisément l'aubaine qu'allait représenter le soulèvement de Mai 68, pour lui comme pour tant d'autres Iycéens avides de liberté.







" Quand Mai 68 est arrivé, ma vie n'a plus été que la politique et les gonzesses. Ça a été aussi l'
occasion de remettre en cause les parents, les lycées et la société. Je m'étais fait embrigadé par un pote chez les " maos ": Parti communiste marxiste-léniniste de France. J'allais passer des soirées aux amitiés franco-chinoises dans le 14e arrondissement. Là, on discutait pendant deux heures pour savoir qui s'occuperait du se pour mettre la colle qui servirait à coller les affiches pour le meeting qui devait avoir lieu trois semaines plus tard. J'exagère pas ! Les premiers jours de Mai 68, ces gars m'ont entraîné, avec leur dialectique, aux port des usines de banlieue pour apporter leur soutien aux ouvriers et parler avec eux, histoire de voir si l'on pouvait construire un socialisme à la chinoise en France. Au bout de la deuxième ou troisième fois, je me suis fait traiter de pédé par les ouvriers, vu que j'avais les cheveux jusqu'aux coudes, seize ans, mais que j'en paraissais quatorze et que j'avais vraiment l'air d'une gonzesse. Les mecs me prenaient pour un mariole et c'est sans doute ce que je devais être alors. Faut dire que les " maos " aussi, ils se faisaient insulter. Ils venaient causer de Mao Zedong à des gars qu'en avaient rien à cirer... Et un jour, j'ai entendu qu'il y avait une manifestation au Quartier Latin. J'ai tout laissé tomber et j'y suis allé. J'avais quand même perdu cinq jours ! ". Il fait alors son apprentissage de " gauchiste professionnel ": les barricades, les cocktails molotov (une cuillerée soupe de savon en poudre, une bouteille de coke pleine d'essence) parfois ils explosent, d'autres fois non. " C'était la bonne ambiance. Le 11 mai 1968, j'ai eu seize ans. J'étais devant une barricade et j'ai crié aux mecs: Il est minuit. J'ai seize ans! Deux jours plus tard, le 13 mai, quand la Sorbonne a été occupée, j'y suis allé. Je n'en ai plus décroché avant qu'on nous déloge. Alors que je n'avais même pas la droit de sortir après minuit, j'ai pu habiter la Sorbonne pendant trois semaines ". Après les journée chaudes, on se retrouve autour d'un piano, d'une ou plusieurs guitare. On récite des poèmes engagés. Renaud scribouille et gratouille depuis un certain temps. L'ambiance de la vieille fac occupée lui offre un regain d'inspiration et c'est un de ces soirs qu'il interprète son premier tube (sans le savoir) devant ses potes gauchistes. " C'était ma première chanson Crève Salope. Une chanson qui a fait le tour des Iycées qui est devenu un hymne en 68. Je l'ai chantée à la Sorbonne et au lycée Montaigne occupé. Au premier couplet, je remets en cause l'autorité du père, ensuit du prof, du flic et du curé. Je l'ai chantée partout et tous les types qu'avaient une guitare disaient: " Ouah, super ! " Le refrain était très populaire, très entraînant, très à chanter en ch½ur. Le premier mec avec une guitare me disait: " Ouah, écris-moi les paroles, je vais les chanter ". Et il rentrait dans son comité d'action, dans son Iycee à lui. Et puis, ça a fait le tour de Paris. n y a au moins cinq cents personnes qui l'on écoutée, cette chanson ".







Attiré par une affiche, il contacte le CRAC (Comité révolut
ionnaire d'action culturel), dont les activités l'intéressent. Mais son état d'esprit " anar " lui donne bien vite envie de monter ses propres actions. Avec un pote dissident du CRAC il fonde alors le Groupe Gavroche Révolutionnaire, qui parviendra à rallier en tout et pour tout un troisième larron à sa cause. Avec l'été, la mini révolution s'enlise. Pour Renaud comme pour bien d'autres, c'est une déception: " Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir été trahi par le P.C. et d'être un des innombrables cocus de l'histoire ". Si les événements n'étaient pas faits pour l'aider à réussir son BEPC, Mai 68 devait concrétiser son désir d'émancipation. Pour la première fois de sa vie, Renaud part en vacances sans ses parents. A peine quelques ronds en poche, il expérimente ses premiers voyages en stop. Petite virée en Bretagne, retour à Paris, puis cap au Sud avec une bande de potes anars de fraîche date. Sur le Mont Lozère, ils avisent une maison abandonnée et s'y installent. Le drapeau noir ne tardera pas à flotter sur leur squat. Ce n'est évidemment pas du goût des autochtones qui envoient la maréchaussée nettoyer le terrain. Finies les vacances ! Bonjour le bitume et les nouveaux ennuis! Le Iycée Montaigne n'a en effet pas l'intention de reprendre le trublion rebelle à la rentrée scolaire 68. Les parents Séchan contournent alors la difficulté en inscrivant Renaud dans une classe de seconde artistique au lycée Claude Bernard, au beau milieu des quartiers chics de la porte d'Auteuil.







Pour Renaud, le révolté, l'anar, c'est carrément la honte de se retrouver coin
cé au milieu de tous ces petits bourgeois qui n'ont pas une once de " conscience politique ". Il parvient tout de même à trouver un acolyte avec lequel il fonde le Groupe Ravachol et hérite d'un nouveau surnom " le casseur ". " On faisait des tracts pour cracher sur tout ". Ils bombent les murs de slogans, l'un des meilleurs étant: " Ici commence l'aliénation ". Durant cette période, l'activité extra-scolaire de Renaud va devenir prédominante. Il a conservé pas mal de copains à Montaigne, qu'il retrouve au " Bréa ", un café près de son ancien Iycée. Il se met à la bière et occasionnellement au joint. Il n'arrête pas d'être amoureux et ne rêve que de voler de ses propres ailes. "Le jour où j'ai vu "Easy Ride" au cinéma, ça a été la claque de ma vie. C'est là que j'ai découvert la moto et j'en voulais une. C'est en grande partie pour ça que j'ai arrêté mes études ". Le prétexte lui en est fourni un jour de mars 69. Ce n'est pas la première fois qu'il sèche les cours, mais, ce jour-là, Renaud tombe nez à nez avec son prof d'anglais. "J'ai arrêté mes études " lui lance-t-il tout à trac. Le sort en était jeté, il ne reviendrait pas sur cette décision éclair. De retour chez lui, il faut pourtant expliquer la situation à sa famille. " Mes parents m'ont dit: " De toutes façons, t'es nul, ou plutôt tu pourrais être doué, mais tu fais rien. Alors ça sert à rien qu'on te paie des études à rien foutre. Si tu veux rester ici, tu travailles, sinon tu fous le camp. Et si tu veux une moto, tu te la paies parce qu'on veut pas être responsables de ta mort. Et j'ai travaillé ".









# Posté le dimanche 19 février 2006 11:26

Modifié le mardi 21 février 2006 10:45

1968 à 1972

1968 à 1972

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Les petits boulots



et la zone




" Quand j'ai mis mon premier cuir
, je me suis sent bien dedans ".











A l'âge de dix-sept ans
, Renaud se retrouve donc confronté à la vie active. Et finalement pas mécontent que ça lui arrive. Pour lui, c'est un peu sa vraie vie qui commence. Il trouve un premier boulot magasinier à la " Librairie 73 ", en haut du boulevard Saint-Michel. S'il dort toujours chez ses parents dans le 14e arrondissement, le centre de se vie se situe dans le triangle Vavin-Odéon-Maubert. Son travail à la librairie lui laisse un peu de temps et lui donne des idées. " Je me suis dis: je vais rattraper le temps perdu. Je vais lire ce que j'ai envie de lire, pas ce qu'on nous impose à !'école. Alors, j'ai lu. Bizarrement. Tout Vian. Tout Prévert... Un jour, je suis tombé sur un Maupassant dans un train, et j'ai lu tout Maupassant. Pourquoi Maupassant ? Je ne sais pas. Je trouve ça bien écrit, bien sûr, mais je ne peux pas expliquer... J'ai lu Bruant. Après on m'a conseillé de lire " Lefeu-follet " de Drieu La Rochelle. Là-dessus j'ai digressé sur Céline... ". Depuis sa première expérience d'auteur dé chanson avec " Crève Salope ", il a pris goût à mettre en musique les textes plutôt " engagés " qu'il compose sur des thèmes comme l'Espagne ou l'Argentine. Ce qui ne l'empêche nullement de s'essayer à chanter les états d'âme que lui inspire la vie de tous les jours. Son auditoire est celui des chambres de bonnes où se retrouvent, la nuit, copains et copines. On y discute de longues heures en fumant et buvant de la bière. On s'y bécote dans les coins. La bohème, c'est aussi les bistrots dont il devient assidu et où il se fait des potes. " Les cafés, ça devenait pour moi une seconde vie, un véritable foyer, parce que chez moi, malgré mes cinq frères et s½urs, je m'emmerdais ". Evidemment, c'est là aussi qu'il se met à boire. " C'est après avoir arrêté mes études que j'ai commencé à boire. En fait, je buvais comme bon nombre de jeunes: pas comme un ivrogne, mais je buvais tous les jours et je prenais une ou deux muflées par semaine ".







Après quelques mois de travail à la librairie, Renaud a enfin
de quoi s'offrir son rêve, une moto. " Je me suis donc acheté une BSA 350 moto culbutée (une B 32) que j'ai gardée six mois, mais pas sans 1'avoir transformée : grand guidon, réservoir aux couleurs américaines... Mais alors qu'est-ce que j'ai pu avoir comme ennuis avec cette bécane ! Le seul qui acceptait de me la réparer, c'était Jean Souper, rue du Cardinal Lemoine, à l'époque. Un jour qu'elle était bien malade, il me la refit complètement et il me dit: elle peut tenir un an comme huit jours. Elle tenu huit jours ! Après, j'ai travaillé les parents au corps pour les persuader de prendre un crédit et j'ai acheté une Honda 250, que j'ai gardée 1 an. Là j'étais le vrai motard au ras du bitume: concentration, Bol d'Or Et comme elle ne marchait pas terrible, celle-là non plus, j'ai arrêté la moto ". C'est durant cette période et sans doute grâce à cette passion pour la moto que Renaud va faire la connaissance de ses premiers potes. loubards. " De 18 à 23 ans, j'ai fréquenté les bandes d'Argenteuil, de République et de Bastille. Avec eux, j'ai connu les bagarres. Je n'y jamais vraiment participé, parce que je ne suis pas bâti pour. J'en était témoin. Il suffit de sortir un peu pour y assister régulièrement... Disons que j'ai quand même été participant, mais occasionnellement... Pour moi, c'est la forme d'expression d'une jeunesse qui se trouve dans une société en décomposition... Quand je suis devenu ami avec les loulous, j'ai commencé à parler et à m'habiller comme eux. Quand j'ai mis mon premier cuir, je me suis senti bien dedans, plus fort, plus baraqué, un cow-boy. J'avais l'impression de faire peur aux bourgeois, d'appartenir à une classe ou plutôt à une race, d'être un rebelle". Vers cette époque Renaud avoue volontiers avoir failli mal tourner. Il arrive que des potes proposent de l'entraîner dans des petits casses. Lui, le " poète ", trouve cela plutôt " minable " et refuse de marcher dans leurs combines. " Et puis, je savais que ma mère aurait été morte de chagrin si j'avais été en prison ". Indiscutablement, Renaud possède la fibre familiale, bien qu'à l'époque, bizarrement, ses relations avec son frère jumeau soient restée relativement distantes. " Comme moi, David traînait la nuit et fréquenta pas mal les loubards. Mais nous ne sortions jamais ensemble. Nous ne faisions pas partie des mêmes bandes. On parle souvent de transmission de pensée, de télépathie entre frères jumeaux. Jamais ça n'a été le cas entre nous ".







A Pâques 71, alors qu'il va
atteindre ses dix neuf ans, Renaud décide d'aller passer quelques vacances en Bretagne. Un soir à Belle-Ile, il tape une clope à un type dont la tête lui revient. C'est Patrick Dewaere. Il deviennent copains et se revoient, de retour à Paris. C'est la grande époque des débuts du Café de la Gare. Avec ses chansons, Renaud fait plutôt bonne impression sur l'équipe de Romain Bouteille, qui lui propose de jouer le rôle de Robin dans une de ses pièces " Robin des Quoi ? "







Je re
mplaçais un mec qui partait aux Etats-Unis. Quatre mois après, il est revenu, alors je me suis barré. Je voulais pas m'incruster. Par la suite quand le mec s'est de nouveau barré, j'étais pas là pour le remplacer alors ils ont pris Depardieu ! C'est à cause de cette période que je suis devenu et resté si copain avec Coluche: au départ, il venait là pour faire les plâtres! On s'est jamais perdu de vus. Miou-Miou, on se voit aussi souvent à Paris. On se saoule la gueule ensemble, enfin surtout moi. Oh ! elle aussi d'ailleurs ! " Si son heure n'était pas encore venue, cette expérience déclenche chez Renaud une première vocation: devenir comédien. Tout en jouant au Café de la Gare, il conservait malgré tout son travail à la librairie pendant la journée. Ses nuits devenaient de plus en plus courtes et ses retards matinaux de plus en plus fréquents. Arrive ce qui devait arriver. Un jour du mois de septembre, Renaud se retrouve à la rue, sans boulot. Il en a plus que marre et décide de partir s'installer dans le Sud. Il atterrit à Avignon, y trouve un nouveau job dans une librairie, qu'il quitte rapidement. Un copain le rejoint et, comme il faut bien bouffer, il se trouve à faire toutes sortes de métiers, " man½uvre, plongeur dans les restaurants et même représentant en livres pornos ". Cette vie de n'importe quoi dans une ville de province finit par devenir beaucoup trop pesante et l'appel de la capitale se fait nettement ressentir. Au mois de février 72, nos deux compères sont donc ravis de retrouver le bitume des rues de Paname. L'escapade de Renaud n'aura duré que cinq mois et l'appartement des Séchan est encore là pour le recevoir. Toujours mordu de théâtre, Renaud essaye alors de se lancer et de se perfectionner.







" Pendant six mois, j'ai hanté les cours d'art dramatique
. Mais Coluche m'a donné un bon conseil: " Si t'es bon, c'est pas la peine. Si t'es mauvais, c'est pas la peine non plus ". Je l'ai écouté et je me suis mis à fréquenter les cafés-théâtres et les couloirs de la télé, où on se retrouvait à trente mecs pour un petit rôle de dix lignes ". La valse des petits boulots reprend aussi: laveur de carreaux, coursier... " Une fois, j'ai même été embauché comme vendeur à la Samaritaine. On m'avait affecté au rayon des bidets et affublé d'une blouse grise. Au bout d'une demi heure j'ai demandé l'autorisation d'aller fumer une cigarette et je me suis tiré les jambes à mon cou ". Renaud a toujours son quartier général au " Bréa ", et c'est grâce à Michel, le fils du patron de son bistrot préféré, qu'il va s'orienter sans s'en apercevoir, vers ce qui deviendra sa carrière de chanteur.











# Posté le mardi 21 février 2006 10:40

Modifié le mardi 10 juillet 2007 07:59

1973 à 1976 : Gavroche

1973 à 1976 : Gavroche

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Renaud Gavroche




" J'ai jamais ramé, jamais lutté pour faire de la scè
ne ou un disque ".







ALORS qu'il va sur ses vingt-et-un ans, Renaud sait maintenant une chos
e: tous les petits boulots auxquels il s'est essayé l'ennuis profondément et la seule chose qu'il prend plaisir à faire c'est de s'exprimer devant des gens, que ce soit au théâtre ou en chantant ses chansons. Justement, il se trouve que Michel Pons, le fils du " bougnat" qui tient le " Bréa ", joue plutôt bien de l'accordéon. Son répertoire va des chansons de Bruant à tous les classiques du musette. Depuis 68, en penchant sur l'histoire de la Commune et des mouvements anarchistes, Renaud a, lui aussi, redécouvert ce proche folklore dont les échos avait bercé ses vacances d'enfant chez les " chtimis ". L'idée semble évidente :



pourquoi n'iraient-ils pas chanter toutes ces chans
ons qu'ils aiment dans les rues, comme ça se faisait autrefois ? En passant le chapeau, ils ramasseraient bien de quoi boire quelques chopes. L'idée est en effet lumineuse et nos deux compères se constituent un répertoire, mélangeant les vieilles rengaines archi-connues avec des chansons écrites par Renaud sur le modèle de jadis. Accordéon, guitare, chant, ils tiennent là le tiercé gagnant.



" J'avais la casquette de Gavroche que je tenais de mon grand-père et plein d'espoir. On allai
t faire la manche dans le métro, mais les flics sont chiants. On faisait aussi les terrasses de cafés, mais on était emboucanés par ceux qui venaient jouer depuis plus longtemps que nous. Alors on est allé chanter dans les cours des H.L.M. et sur les places de marchés dans les rues populaires. On avait repéré qu'entre 7 h et 8 h du soir, toutes 1es femmes s'ennuyaient dans leur cuisine et que ces cuisines des grand ensembles autour de Paris donnaient toutes sur cour. La némo, le fric tombait par les fenêtres. Un paquet, parfois. On réussissait à se faire jusqu'à 50 000 balles en une heure. On craquait tout et on recommençait. C'est dans ces eaux-là que l'ai écrit " Hexagone". Sur les marchés, les vieux sont ravis d'entendre des p'tits jeunes leur rechanter " la java bleue". Ceux de la génération de Michel et Renaud sont plutôt intrigués, mais ils écoutent "Le dénicheur". Finalement, l'idée s'avère être un passe-temps agréable et lucratif, dont nos compères s'acquittent avec une gouaille bien parisienne.







Pendant ce temps, le Café de la Gare, qui connaît un é
norme succès s'est déplacé dans le fond d'une très belle cour pavée de la rue du Temple. Renaud et Michel vont profiter de l'occasion pour aller charmer les oreilles du public massé devant les portes avant l'ouverture du café-théâtre. Coluche y donne son premier one man show, et c'est ainsi que son producteur, Paul Lederman, séduit par les musiciens de la cour, leur offre de venir se produire au " Café Concert de Paris ", un nouveau lieu qu'il vient d'ouvrir sur les Champs Élysées. Il les baptise " Les P'tits Loulous ".







C'est donc dans les premiers mois de 1974 que Renaud pr
ésente pour la première fois ses chansons sur une scène de music-hall. Les P'tits Loulous sont trois (Renaud, Michel, plus un guitariste préposé à passer le chapeau) et jouent une vingtaine de minutes pendant la première partie de Coluche, où défilent aussi prestidigitateurs, ventriloques et autres attractions. Engagés pour trois mois, Michel est cependant contraint de fausser compagnie à ses copains au bout de trois semaines pour partir faire son service militaire. Encouragé par Lederman, Renaud continue seul, avec un répertoire de ses propres chansons, à l'époque très engagées (" Hexagone ", " Camarade Bourgeois ", etc.). C'est alors qu'une productrice de chez Wha-Wha Musique repère notre Gavroche soixante-huitard et lui propose d'enregistrer un disque. Toujours timide à l'excès dans ce genre de situation, Renaud accepte, mais du bout des lèvres. " Je n'avais pas trés envie de faire dans la chanson, ce n'était pas ma vocation. C'était un passe-temps que je faisais en dilettante. Pour moi, chanter était un petit boulot comme les autres et je ne pensais pas en tirer des fortunes. Et puis j'avais des petits besoins, j'habitais chez mes parents, où j'avais un toit et un repas par jour ". Qu'à cela ne tienne, Jacqueline Herrenschmidt, sa productrice qui y croit ferme, est décidée à faire entrer Renaud en studio avant la fin de l'année. " Pendant l'été, je suis parti en vacances en Italie avec 300 F en poche. Je couchais à la belle étoile, je mangeais très peu j'étais libre et bien dans ma peau. Et quand je suis rentré à Paris, j'ai enregistré mon premier disque ".







Ce premier 33 tours, intitulé simplement Renaud, le présente en Gavroche:
les cheveux aux épaules surmontés de la large gapette blanc crème de son grand-père, foulard rouge à pois blancs autour du cou, veste en velours noir, pantalon écossais pattes d'éléphant, presque une caricature. Les treize chansons qu'il contient forment un bizarre mélange des genres: rétro-musette, avec " Petite fille des sombres rues ", " La java sans joie ", " Gueule d'aminche ", " Le gringalet " férocement contestataire, avec " Société Tu m'auras pas ", " Amoureux de paname ", " Hexagone ", " Camarade bourgeois " burlesque, avec " Rita ", " La menthe à l'eau ", " Greta " vaguement fleur bleue, avec " La coupole" et " Ecoutez-moi les Gavroches". Ce panachage ainsi que la qualité des textes de Renaud stigmatisent d'emblée une réaction enthousiaste de la part des critiques. Enfin quelqu'un qui a des choses à dire et qui les dit bien ! Le disque à peine sorti, en mars 75, Jean-Louis Foulquier sera le premier à inviter Renaud à son émission " Studio de Nuit", qu'il fait alors en direct de chez " La Mère Catherine ", un bistrot de la Butte-Montmartre, entre 3 h et 5 h du matin. Foulquier se souvient: " Renaud arrive mort de trac et tremble tellement qu'il a énormément de difficultés à plaquer trois accords sur sa guitare. Heureusement, Marcel Azzola (c'était une surprise) se met à l'accompagner à l'accordéon et ça devient magique ".







L'album sera un
succès d'estime encore très confidentiel. " Il y a deux mille deux cents mecs en France, que je ne connais pas, qui ont acheté mon disque, au début. J'ai trouvé ça super ". Dans ces conditions, inutile pour Renaud d'imaginer qu'il puisse vivre de la chanson, même s'il en écrit à l'époque au moins une par semaine. La violence de ses chansons n'aide pas non plus à en faire des tubes. " On m'a dit que le directeur de la programmation d'Europe 1 avait jeté mon disque en disant " c'est de la merde ". Il y a eu aussi, parait-il, à France Inter, un problème avec "Hexagone ", qui était interdite pendant la visite du Pape par une circulaire ". Renaud se contente donc de faire quelques petits galas ou d'aller jouer dans les guinguettes en bord de Marne. En juin 75, il donne ses premiers concerts à la " Pizza du Marais ", en première partie d'lvan Dautin. Il doit commencer seul face au public, mais il a un tel trac qu'il boit comme un trou avant le spectacle. " 11 m'est arrivé de monter sur scène et de tomber, parce que j'avais vingt-quatre bières dans le corps. Je me suis rendu compte que je me plantais ". A cette époque, la " Zapi " est un merveilleux lieu d'échange pour la nouvelle génération du spectacle. Renaud y rencontre Bernard Lavilliers. " On passait ensemble à la Pizza du Marais. Moi à 8 h. lui à 10 h... il avait autant de monde que moi, c'est-à-dire cinquante personnes le samedi soir. On buvait des coups ensemble après... ". Renaud ne sera d'ailleurs pas seulement l'un des chanteurs de la " Zapi ", il y sera aussi barman... " J'ai continué les petits boulots en logeant chez mes vieux. Ils toléraient que je glande six mois, si le travaillais ensuite pendant trois mois ".







En même temps qu'il commence à fréquenter un nouveau milieu
, le centre d'intérêt de Renaud va se déplacer de son ancien quartier Montparnasse aux ruelles du Marais. Le jour sur la rive gauche, la nuit la rive droite. Mais avec lui, les nuits sont longues. Il les partage entre " Chevaliers du Temple ", " chez Ali, un mec super, un Tunisien qui, depuis a ouvert un restaurant dans les Halles ", et la " Pizza ", rebaptisée " Blancs-Manteaux ". Et bientôt, il découvrira ce qui deviendra sa nouvelle " maison ", le café restaurant de Madame David, " Au Rendez-vous Amis ", rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. La patronne se souvient avec émotion des premières apparitions de Renaud chez elle, en 76: " Il avait l'air plutôt timide. Il était calme, très discret. Il buvait des cafés et du Vichy quand il avait la gueule de bois. Il ne me parlait pas de son travail. Il s'asseyait dans un coin et écrivait des paroles de chanson. C'est seulement à partir de son deuxième disque qu'il m'a invitée au restaurant et qu'il m'a fait écouter la bande ". En effet, du côté de la maison de production de Renaud, les choses traînent et les ennuis commence, il est donc bien heureux de trouver le havre de paix chez Madame David " Quand j'avais pas une tune, c'est là que j'allais bouffer tous les jours. J'avais une ardoise à rallonge. Elle a même duré jusqu'à deux ans". Il n'est d'ailleurs pas le seul à profiter de la générosité de Madame David. En face de son café-restaurant, l'équipe des comédiens de la " Veuve Pichard " est en train de bâtir son café-théâtre. " Pendant deux ans, ils investi tout l'argent qu'ils gagnaient dans du plâtre, du ciment, des parpaings. Ils étaient fauchés. Madame David leur disait: " Vous en faites pas, vous me rembourserez un jour, quand vous serez célèbre Maintenant, elle nous voit à la télé et elle est fière de ses petits qu'elle a nourris ".







Cette période 76/77 n'est pas encore celle
de la gloire pour Renaud. " Je m'étais fait un tout petit nom dans les Maisons de Jeunes et de la Culture. Et je commençais un petit peu à tourner, avec très peu de moyens. J'avais un accordéoniste, parce que je ne pouvais pas permettre d'avoir six musiciens, ne pouvant pas les payer. Je faisais spectacles où je gagnais dix sacs, vingt sacs ou rien du tout. Vraiment des sommes dérisoires, parce que je n'avais pas de nom. A cette époque, j'ai pas mal écumé la région parisienne et beaucoup la Belgique, parce mon disque avait trouvé d'ardents défenseurs à la RTB. Alors, j'ai fait pas mal de festivals en Belgique, comme " Le temps des cerises ", à Flore C'était chouette ". Il n'a toujours pas abandonné l'idée d'être comédien on le verra faire des apparitions successives sur le petit écran, dans des rôles bien typés pour son genre. Il sera un voyou dans " Un juge, un flic", un dealer drogué dans " La neige de Noël ", plus tard un gauchiste dé " Au plaisir des Dieux " et même un jeune homme de bonne famille costard-cravate dans " Madame Ex ": " L'horreur quoi ! ", commente-t-il. En revanche, son expérience de café-théâtre à " La Veuve-Pichard ", en 77, dans " Le secret de Zonga ", une pièce de Martin Lamotte, aura sur vie une importance prépondérante.













# Posté le mardi 21 février 2006 10:51

Modifié le mardi 10 juillet 2007 11:35