1977 à 1979

1977 à 1979

Renaud loubard



en route vers la gloire




" Je ne mets rien sur le dos, je ne mets rien dans mes chansons qui ne soit dans la vie ".








1977, I'année de ses vingt-cinq ans, va représenter un grand tournant dans la vie de Renaud. Il s'est trouvé un boulot à mi-temps dans un m
agasin de motos spécialisé dans la construction de choppers, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Sa vocation de comédien semble vouloir aboutir, lorsqu'il est engagé pour jouer dans la troupe de la " Veuve Pichard "... Pourtant, le destin allait en décider tout autrement: à défaut de lui ouvrir les portes de la gloire théâtrale, son séjour au café théâtre va lui faire découvrir la femme de sa vie. " Quand j'ai rencontré Dominique, je me suis dit: c'est elle et pas une autre. On un tout de suite vivre ensemble, se marier, faire des enfants". Le véritable coup de foudre, en somme. Et qu'importe qu'elle soit alors mariée à l'un des membres de la troupe, Gérard Lanvin (" qui m'a inspiré Gérard Lambert "). Le couple n'est certainement pas assez solide pour résister à l'impulsion amoureuse qui s'empare de Dominique et Renaud. " J'habitais encore chez mes parents, à l'époque. Et comme elle n'a pas voulu aller porte d'Orléans, c'est moi qui ai déménagé dans son studio rue Sainte-Croix de la Bretonnerie ". Pour Renaud, c'est l'amour fou, avec tout ce que cela comporte de délire. " Par amour pour Dominique, j'ai descellé la plaque émaillée de la rue Sainte-Dominique, à Paris. Depuis ce jour, je suis d'ailleurs devenu collectionneur de plaques de rues ". Il décrit l'objet de sa passion comme " la femme idéale, sauvage, douce, tendre agressive, avec un caractère de " chiote ", mais avec du caractère et qui m'aime ". Malgré le désir ardent de Renaud, la situation de Dominique ne permet pas qu'ils se marient. Tant pis, Renaud n'est pas à court de preuves de fidélité. " J'ai fait tatouer son nom sur mon bras droit avec une rose rouge, sa fleur préférée, et un aigle, symbole de fidélité. C'est en quelque sorte pour conjurer tous les dangers qui pourraient menacer notre amour. Une alliance, ca peut s'enlever, pas un tatouage ". Bref Renaud est " amoureux à mort " de sa gonzesse, ce qui semble également avoir une influence extrêmement bénéfique sur sa vie. sa carrière. Sur le plan de la chanson, il est en train de découvrir sa véritable personnalité laissant tomber son côté Gavroche. " Je me suis aperçu que c'était un peu du folklore, I'accordéon, la Butte-Montmartre, les poulbots... en ce sens que les marlous d'aujourd'hui, c'est des loubs, qu'on ne dit plus une gisquette mais une gonzesse et que les gapettes à carreaux et les bals musette, c'est fini ". Les accessoires début de siècle sont donc mis au rancart, au profit d'un regain de simplicité. Les Santiag's, les jeans et le Perfecto, c'est ce que Renaud enfile chaque matin et il ne voit pas de raison pour se changer avant d'entrer en scène. D'autre part, les problèmes se sont pas aplanis avec sa maison de production et il va entrer en studio pour la deuxième fois.







" Pour mon premier disque, je n'avais rien fait de ce que je voulais fair
e J'étais tellement timide, étonné que l'on puisse avoir envie de me faire enregistrer un disque, que je suis resté sous la tutelle, l'emprise de mon. producteur de l'époque. Pour le second, j'étais déjà plus en position de force. J'ai fait ce que je voulais à mes conditions. Je l'ai fait avec des moyens dérisoires, mais j'ai pu imposer mes musiciens. J'ai pu aussi imposer ma pochette et des titres comme " Les charognards " dont ils ne voulaient pas, sous prétexte que c'était " l'apologie du gangstérisme ". L'album, dédié à Dominique, sortira au mois d'octobre 77. Il contient une pléiade de chansons devenues aujourd'hui des classiques: " Le blues de la Porte d'Orléans ", " Je suis une bande de jeunes ", " Jojo le démago", " La boum", " Germaine", " La bande à Lucien", " Adieu minette ", d'autres encore, parmi lesquelles se détachent par leur singularité deux morceaux clés de l'½uvre de Renaud: " Les charognards" et bien sûr " Laisse béton ". Le premier est inspiré d'un événement auquel Renaud a personnellement assisté. Il le décrivait en ces termes dans le journal Le Monde: " Le 5 décembre 1975, y'a eu un hold-up avec prise d'otages, dans une banque de l'avenue Bosquet, à Paris. Les mecs se barrent sers 2 heures du mat au volant d'une super bagnole que les bourres leur avaient prêtée, avec dedans deux otages, 500 briques et quelques Lingots. A l'angle de la rue François 1er et de la rue Pierre Charron, ils se plantent de plein fouet dans la S.M. d'un politicard qui s'en revenait peinard du Sénat où venait de s'achever un débat sur la répression du banditisme et des prises d'otages. Les flics qui suivaient pas très loin derrière profitent de l'accident pour défourailler et canarder les deux mecs qui commencent à s'dire que ce p'tit braquage tranquille c'est mal barré... J'sais plus d'où j'venais ni où j'allais mais j'étais pas loin. Tous ces girophares et ces gens qui courent j'pense d'abord à une manif, j'y vais. C'était la première fois que je voyais un mort. Un des deux mecs. L'autre agonisait plus loin sous les crachats du bon peuple parisien et les insultes des flics. Ils avaient tous deux reçu plus de bastos qu'il n'en faut pour tuer un b½uf. Malgré cela, et bien qu'ayant perdu son sang dans le caniveau pendant plus d'une demi-heure avant l'arrivée d'une ambulance, qui se faisait bizarrement attendre, l'agonisant a survécu aux balles dum-dum de l'antigang et à la haine du badaud. Il était d'ailleurs unanime, Ie badaud. Unanime dans sa haine de l'Arabe, du blouson d'cuir, du voleur qui lui vole son argent dans sa banque, unanime dans son admiration pour ces braves policiers qui, décidément, font un métier bien dangereux Tiens ? Pas loin y'a un badaud unanime, en cuir clouté, qui s'fait prendre à partie par un groupe de manteaux gris. Il dit qu'les flics ont la détente facile et que c'qu'y vient d'voir ça s'appelle une mise à mort. " Et si z'avaient pris ta mère comme otage ! " lance un mec. " Et si c'était ton fil le type qui crève par terre en ç'moment ! " qu'y répond. Y'a du Iynchage, dans l'air, j'me barre. Va falloir que je raconte tout ça aux potes demain J'rentre chez moi et j'écris " Les charognards ". Je torche vite fait une petite musique sur trois pauvres accords, voilà une chanson. J'y raconte ce que j'ai vu et entendu cette nuit-là, rue Pierre-Charron ".







Cette histoire résume bien la façon qu'a Renaud de travaille
r. Se chansons ne sont pas du bluff. Elles sont le reflet exact de la réalité quotidienne. Et son talent à lui, c'est d'avoir l'½il pour la voir et la langue pour la raconter. " Laisse béton ", qui fera éclater le nom de Renaud au grand jour, relève du même talent d'observateur et de conteur. " Laissé béton ", c'est pas un truc que j'ai inventé comme ça. Je ne me suis pas dit: " Tiens, je vais faire un truc sur les loulous ". J'ai quand même vécu ça. J'avais une bande de copains dont le principal amusement c'était de dépouiller d'autres mecs. Dès qu'ils voyaient un gars dans le métro ils lui disaient, à trois contre un: " File-nous tes bottes ou on te les fait à Ia boston ". Mais, moi aussi, j'ai failli me faire dépouiller pareil... Par une autre bande.. ". Incontestablement, Renaud a visé juste avec ce titre. Il va s'en rendre compte dès que le 45 tours sera lancé sur le marché. " Laisse béton " a plu à un programmateur radio, puis à deux. Ça a fait boule de neige. Ça faisait marrer, c'était sûrement dans l'air du temps. Une chanson qui est arrivée au bon moment. Je ne sais pas comment ça s'est passé. Elle s'est retrouvée au hit-parade, alors que je l'avais écrite en une demi-heure sur une table de restau ".







Pendant l'hiver 78, les prémices du su
ccès commencent à se faire sentir. Alors qu'en novembre et décembre 77 Renaud assurait encore son tour de chant classique avec deux musiciens, dans ses lieux favoris, " Les Blancs-Manteaux " et " La Veuve Pichard ", il commence à être sollicité de partout dès le début de l'année suivante. Télés, radios, concerts, une foule de propositions se met à converger vers lui. Un jour, le téléphone sonne: " Allô ! Salut, c'est toi Renaud ? On adore ce que tufais, on est un groupe. Si tu as besoin de cinq musiciens, ça nous plairait de t'accompagner". Justement, ça tombe bien. Renaud, dont le programme de concerts pour l'année s'allonge de jour en jour, va avoir besoin d'un bon coup de main. Après audition, il engage donc le groupe des frères Malki qui avait accompagné les Enfants Terribles et qui s'était rebaptisé Oze. Pendant deux ans, ils assureront derrière Renaud, dont la musique évolue bien évidemment en fonction de la nouvelle formation qui l'accompagne: à la batterie Jean-Luc Guilard, à la basse Michel Caillot, tantôt à la pedal-steel guitare, à la mandoline, à la flûte ou aux ch½urs José Perez, au clavier, flûte et percussions Khaled Malki et aux guitares, banjo et ch½urs Mourad Malki. Renaud n'aura les moyens d'engager un accordéoniste que l'année suivante. Sa première véritable tournée démarre au Printemps de Bourges 78.







Et puis les dates se succèdent. On entasse le matériel de scène d
ans un petit camion Saviem aménagé et les kilomètres défilent entre chaque ville. " Mon bahut est devenu un peu ma seconde maison ", dit alors Renaud. " Je me sens terriblement bien à l'intérieur et je ne suis pas le seul. Mes musiciens l'aiment tellement qu'ils préfèrent passer leur nuit dedans plutôt que de prendre une chambre à l'hôtel ". En mai, ils jouent devant sept mille personnes à la Fête de Lutte Ouvrière. Renaud est mort de trac. En province, ils se produisent généralement devant des salles contenant entre 500 et 1000 personnes: un score honorable. Pourtant, l'image que " Laisse béton " a donné de Renaud attire aux concerts un public auquel il n'avait jusqu'alors pas été habitué. " J'avais tous les voyous, les loubards entre guillemets. Les deux ou trois premiers rangs, c'était les cuirs avec les clous et les chaînes. C'était pas vraiment très méchant. Ils venaient à 50 % pour me voir... Non, même pas ! Pour se faire voir. Et pour foutre la merde, montrer qu'ils étaient mon vrai public, que les connards qui étaient derrière étaient assis, alors qu'eux étaient debout. Ils écoutaient même pas. Ils regardaient même pas. Ils étaient là pour l'image... ". Quoi qu'il en soit, le " métier " s'intéresse de plus en plus à Renaud. Invité à concourir au Festival de Spa, en Belgique, le 30 juin, il remporte le premier prix (7 000 F) avec " Chanson pour Pierrot ", qu'il n'a d'ailleurs pas encore enregistrée. A la fin de l'été, il aura fait une cinquantaine de concerts, sera passé plus de vingt fois à la télé, aura vendu plus de 1000 000 de 45 tours de " Laisse béton " et sera constamment assailli par les chasseurs d'autographes. Il a profité de ce succès brutal pour se remettre à la moto et s'offrir son rêve: " Une Harley Davidson Sporster I 000 XLT. Je l'ai amenée tout de suite chez American Moto, d'où elle est sortie avec roue arrière de 16 pouces, fourche rallongée, petite selle cobra, réservoir en goutte d'huile. Je l'ai gardée un an et demi et j'ai eu plein de merdes avec ! ". Il s'aperçoit pourtant bien vite que le succès n'a pas que des avantages. Ce qu'il déteste le plus, c'est de se voir coller une étiquette par les médias, réduisant sa personnalité à un simple archétype. " Avant Gavroche, maintenant le blouson noir et la zone... Renaud chanteur-loubard, ça me fait chier. On a tendances à ne juger que le chanteur et à tout englober. Je suis un mec avant d'être un chanteur ". Il commence aussi à se poser des questions sur l'influence qu'il peut avoir vis-à-vis d'un public de plus en plus nombreux à ses concerts. " Ce qui me fait chier c'est je peux profiter de mon pouvoir en tant que chanteur parce que je suis sur scène sous les projos. Avec ma tronche, mes chansons, je peux changer l'état d'esprit des gens. Mais en fait, c'est aussi ce que j'ai envie de faire. Que les cons deviennent moins cons et que les salauds deviennent gentils. Mais ça me fait chier quand il y a deux mille mecs qui applaudissent quand je chante " Hexagone ", alors que je leur crache à la gueule. Et je me demande si ça sert à quelque chose ". Pour tenter de conjuguer ces contradictions, de conserver un équilibre avec sa propre réalité, il terminera tous ses spectacles de 78 sur son " Peau Aime ", à seule fin de " démystifier " son image. Ce morceau parlé figurera en clôture de troisième album, dédicassé " A ma Dominique " et qui sortira début 79.







Grâce
au succès de " Laisse béton ", Renaud a pu signer un contrat plutôt intéressant, le liant pour cinq ans à la maison de disques Polydor, qui avait déjà distribué ses deux premiers albums. Tous les moyens sont donc offerts pour enregistrer un bon disque avec ses musiciens de scène, auxquels se joint Marcel Azzola pour les parties d'accordéon. L'album contient encore des tubes à la pelle: " Ma gonzesse ", " C'est mon dernier bal ", " Chanson pour Pierrot ", " La tire à Dédé ", " Chtimi Rock ", " J'ai la vie qui m'pique les yeux "... Et l'occasion lui est donnée les chanter intégralement pendant une semaine du mois de mars 79 Théâtre de la Ville, place du Châtelet. Il embraye aussitôt avec le Printemps de Bourges, qui le présente cette fois sur une grande scène, avant le passage d'Alain Souchon. Seulement, ce succès grandissant n'est pas pour le mettre à l'abri des attaques des uns et des autres. Certains l'accusent de se faire récupérer. Il réplique: " Ça, c'est une contradiction qui me mine: me laisser récupérer par le système pour être connu, mais sur scène rester le même. J'ai fait un choix, malgré mes convictions profondes, malgré ce que je pense du métier, du show-biz, de la télévision, des médias. J'ai accepté de faire toutes les conneries, de compromettre dans toutes les émissions où on voit ni Béranger Lavilliers, ni Leforestier: les Carpentier, les Guy Lux... Je me suis dit que j'avais pas envie de trainer pendant dix ans. J'ai pas forcément envie devenir une star, ni défaire ce métier toute ma vie, mais vu que le disque commence à marcher... Certains n'ont jamais accepté de passer chez Guy Lux, dans les Hit Parade, n'ont jamais accepté de se compromettre dans la presse débile, d'étaler leur vie privée. Ils ont mis beaucoup plus longtemps que moi à percer. Moi, j'ai fait le choix d'aller vite ". Mais c'est souvent son public qui ne le comprend pas en le voyant arriver au volant de sa BMW gris métallisé, alors qu'il se l'imagine en mobylette. Renaud se sent serré de près. " En ce moment, je me fait plus bouffer par mon public que par le show-biz. Le show-biz ne m'emmerde pas. On me demande de venir jouer une chanson. On me paye. Je m'en vais. Tandis que les mecs qui viennent à mes concerts, y'en a qui m'emmerdent. Ils payent, ils écoutent, ils m'apprécient, ils applaudissent et après ils viennent me voir et ils m'agressent. Sur scène, ça va, mais sorti de scène, non. Quand ils voient que je viens en bagnole, que je suis pas forcément le loubard qu'ils croient, ça pose quelquefois des problèmes. Mais j'ai jamais prétendu que je chantais mes histoires, ma vie. Je dis " Je " parce que c'est plus facile dans une chanson de se foutre directement dans la peau du personnage qu'on veut faire parler. J'écris des trucs qui me sont arrivés à moi, et puis aussi tout ce que j'ai vu, tout ce dont j'ai entendu parler. Dans " Dernier bal ", c'est la violence. C'est pas moi, c'est la réalité contemporaine. D'ailleurs, cette chanson, on me l'a interdite d'antenne pour incitation à la violence ". Bref, sollicité de toutes parts au cours de sa longue tournée 79, Renaud bout, Renaud s'énerve. Il clame: " J'en ai rien à foutre de choquer les gens ! " et annonce que son prochain disque " sera d'une violence noire ".





# Posté le mardi 21 février 2006 11:20

Modifié le mardi 10 juillet 2007 09:57

1980 à 1982 : RENAUD papa heureux

1980 à 1982 : RENAUD papa heureux

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Renaud heureux papa



" Faut changer la société. Et pour ça, il faut de




combattants. Faut semer de la graine
de rebelle "







ENTRE en studio début décembre 79, Renaud passera deux mois à la réalisation de son quatrièm
e album " Marche à l'ombre ", qu'il dédiera à un certain nombre de personnes, " Nanar, Michel P-38, Starshooter, Solange et Olivier... " ainsi qu'à un certain Paul Toul (pseudonyme porté un temps par Mesrine) et, bien entendu, " à Dominique de partout et de toujours ". Cette fois, il change de tactique. Il laisse de côté son ancien groupe de scène au profit de toute la bande de musicien professionnels qui évolue autour des studios Ramsès: une fine équipe de potes bien éclatés. Une pléiade de noms s'inscrit en crédits de pochette parmi lesquels Gérard Prévost (basse), Amaury Blanchard (batterie) Jean-Philippe Goude (claviers), Alain Ranval (guitare), Klaus Blasquiz e Shitty (ch½urs), etc. On retrouvera nombre d'entre eux par la suite sur scène et sur disque. Si la violence annoncée par Renaud est illustrée par 1a pochette et par des textes comme " Marche à l'ombre ", " Les aventure de Gérard Lambert ", " Où c'est qu' j'ai mis mon flingue " ou " Baston ", elle reste tempérée par une bonne dose d'humour et de tendresse. Elle est d'autre part contrebalancée par des chansons carrément tordante! comme " It is not because you are ", " L'auto-stoppeuse ", et " Pourquoi d'abord ? ", même quand son mal de vivre s'exprime crûment à travers " Dans mon H.L.M. ", " La teigne " et " Mimi l'ennui ".







Sur son précédent album, il s'était moqué d
e tous ces artistes de variété française qui se précipitaient pour aller enregistrer à Nashville. Avec " It is not because pou are ", il s'en prend à la main mise de la langue anglaise sur tout le secteur de la chanson. " Là c'est un gag. C'est une chanson et anglais d'épicier qui parodie les slows qu'on entend dans les boîtes en été et sur lesquels les mecs draguent la gonzesse. J'ai mis les rares mot d'anglais appris au Iycée et, ce qu'il y a de bien, c'est que cette chanson peut marcher aussi bien en France qu'en Angleterre: les Français ne 1a comprennent pas et les Anglais non plus. Moi-même, je me pose des questions ". Inspiré par Gérard Lanvin, il crée pour ce disque le personnage de Gérard Lambert. Il n'en imaginait pas les conséquences annexes " Un jour dans mon courrier, deux lettres. Les deux missives commençaient par " Cher Renaud " ou " Monsieur Renaud ". Deux types m 'expliquaient qu'ils trouvaient ma chanson très chouette, etc. mais que depuis sa sortie, eux hésitaient à sortir... C'était signé... Gérard Lambert! Je m'excuse encore auprès d'eux, mais quand même, je pouvais pas deviner ". Les conséquences des paroles de " Où c'est qu' j'ai mis mon flingue " sont cependant autrement plus pernicieuses. " Cette chanson, je l'ai écrite un jour où j'étais excédé. Je n'ai pas cherché à faire beau, je dis exactement ce que je pense. C'est vrai qu'elle n'est pas construite, mais elle est là, comme ça, sincère ". Et justement, cette sincérité n'est pas du goût des communistes, qui considèrent comme un outrage des passages comme: " J'vais pas m' laisser emboucaner par les fachos, par les gauchos, tous ces pauv'mecs endoctrinés qui foutent ma révolte au tombeau... Rien à foutre de la lutte de classes, tous les systèmes sont déqueulasses !... Gueuler contre la répression en défilant " Bastille-Nation " quand mes copains crèvent en prison ça donne bonne conscience aux cons...". Le P.C.F. lancera donc une véritable cabale contre Renaud, bien que jusqu'alors il ait existé entre eux une estime mutuelle (Renaud avait donné beaucoup de galas pour la Jeunesse Communiste et offert son cachet aux grévistes de Longwy, qu'il était allé rencontrer). En prenant ses distances, Renaud s'explique: " J'ai toujours eu une haine profonde pour les dirigeants du P.C.—pour tous les dirigeants d'ailleurs... C'est des mecs que j'aime pas. J'les pense malhonnêtes. J'les pense méchants. Autant qu'ceux d'la droite. Mais la base, non... J'ai jamais craché sur les membres du P.C., j'ai craché sur les dirigeants qui m'ont fait chier, qui m'on insulté. Et... la meilleure preuve, c'est que j'ai toujours accepté de participer aux fêtes du Parti, en province, parce que pour moi, c'était important. Les mecs qui s'inscrivent au P. C. sont quand même des mecs en lutte, même si on a des divergences. Même pour dix fois le cachet j'aurais jamais chanté pour le R.P.R. ou l'U.D.F! Les dirigeants du P.C. me faisaient venir parce que j'étais populaire et que j'attirais les jeunes. C'était pas pour mes idées! J'sentais toujours un p'tit malaise quand j'chantais " Hexagone "... " Cette fois, en tout cas, c'est la rupture, avant une nouvelle suite d'aventures... Bref, selon son souhait, Renaud " remue les gens dans leurs fauteuils " avec " Marche à l'ombre ".







Il en aura d'ailleurs tout loisir, au cours des quatre semaines de concerts qu'il donnera en mars 80 à Bobin
o. Pour cette première expérience de longue durée dans un music-hall parisien, Renaud sort le grand jeu: dix musiciens, places bon marché (les plus chères à 50 F) et spectacle en deux temps. La première partie est consacrée exclusivement à la chanson réaliste qu'il affectionne tant: Bruant, Georgius, Montchus... Renaud est accompagné par l'orchestre musette de l'accordéoniste Joss Baselli. Quant à la deuxième partie, c'est une sélection de ses meilleures chansons de " Société tu m'auras pas " à " Baston ", en passant par " Germaine ", aéccompagnés par un groupe électrique. Renaud prenait aussi le risque d'être mal compris par son public. " Moi, j'étais mort de trouille. Le p'titrocky qui débarque de banlieue pour m'entendre chanter " Laisse béton ", " Dernier bal ", ou " Hexagone ", si j'vais lui imposer " Rue Saint-Vincent " ou " La Butte Rouge ", en chantant sans mon blouson de cuir, avec une salopette trop large, une chemise blanche, un foulard rouge et les mains dans les poches, sans guitare, avec un orchestre musette habillé tout en noir... ben c'était pas évident ! Le premier jour, je chiais dans mon froc. Et puis, c'est passé vraiment formidable. Ils ont adoré. Dans l'ensemble, c'était plutôt jeune, mais j'ai ou beaucoup de personnes âgées très âgées, qui sont pas venues les premiers jours mais par la suite, p't être envoyées par leurs enfants ou par la presse. Et puis y'avait aussi le public qu'on me reproche souvent... un public un peu intello ....... C'était pas vraiment la zone, quoi ! ". Le Résultat, Renaud a maintenant bien assis son identité de chanteur populaire, dans les deux sens du terme, même si l'opération Bobino n'a en fait pas été rentable. " J'y ai perdu sept briques. Ça n'a pas d'importance, je les ai rattrapées ailleurs.



Ça a bien marché, ça a été bourré
pendant un mois, j'ai eu plein de presse... Trop même. J'ai toujours la trouble de faire chier le monde quand je passe trop en télé, quand on parle trop de moi... ". Pourtant on parlera encore de lui en avril, à l'occasion du 47e Gala de l'Union des Artistes, où il se présentera avec des petites ailes dans le dos pour exécuter un numéro de voltige à cheval. " Je ne suis jamais monté à cheval. C'est le premier exercice physique que jetais depuis quinze ans et j'ai dû arrêter de fumer pendant une semaine ", déclarait-il alors. Et on reparlera de lui quand sortira peu après " Renaud sans zikmu ", un recueil de ses textes, aux éditions Champ Libre. Ainsi pouvait-on lire l'entrefilet suivant: " Les grands magasins ont refusé de mettre cet ouvrage en vente. Raison invoquée: les amateurs de Renaud avaient tendance à voler les livres ".



Quelle que soit sa réputation galopante, Renaud a quant à
lui, bien d'autres préoccupations: sa " gonzesse " est " en cloque " et il va bientôt être papa, ce dont il rêve depuis l'âge de seize ans. Il a clamé partout qu'il voulait plein de gosses, parce qu'il les adorait, que c'était essentiel et lorsque l'heureux événement se produit en août 80, la petite Lolita semble concrétiser, à elle seule, tous ses rêves de bambins. Si Renaud avait pu passer pour un fondu, cette fois, il fond complètement. Avec " Chanson pour Pierrot " et à l'occasion de diverses interviews, il avait évoqué son désir d'avoir un garçon, mais le fait d'être le père d'une petite fille semble le séduire encore plus. " Bizarrement, dès que ma gonzesse a été en cloque, j'ai eu envie d'une fille, alors que pendant dix ans j'avais voulu un garçon. A ce moment-là, je ne me sentais pas capable d'avoir une fille. Une énorme surprise, donc, mais avant tout, je voulais un enfant ". La grossesse de sa femme l'avait un peu dérouté. " Je me suis senti un peu con pendant neuf mois. Il ne se passait rien pour moi et tout pour elle. C'était elle qui avait l'enfant dans le ventre, qui sentait les trucs physiques dans son corps. C'est elle qui a accouché. Moi, j'étais là planté comme un con pendant qu'elle accouchait. Je ne pouvais rien faire à part lui tenir la main ". Mais maintenant que Lolita est là, avec lui, entre eux deux, c'est toute sa vie qu'il commence à sentir transformée. " Elle me fait lever tôt, ce qui change déjà ma vie. Je n'ai plus envie de mourir, ni de me détruire avec l'alcool ou des trucs comme ça ". Alors, étrangement et progressivement, on va voir l'image de Renaud évoluer à travers ce qu'en disent les médias. On va s'apercevoir qu'il n'est pas seulement ce p'tit voyou qu'on a pris plaisir à exhiber, qu'il est aussi un sentimental. " C'est vrai ", avoue-t-il lui-même, " qu'il n'est pas évident que Renaud soit un " papa gâteau " qui aime bien pouponner, par rapport au blouson de cuir et tout Ça. Le blouson de cuir, c'est un rempart, une armure, pour dissimuler ou de la tendresse, ou un désir d'affection ".







Avec la rentrée scolaire 1980, les fans de Renaud retrouvent l'ambiance de ses
concerts grâce au double album enregistré pendant la seconde partie de ses passages à Bobino. L'année de ses vingt-huit ans aura donc été extrêmement bien remplie. Pas seulement d'un point de vue musical et familial d'ailleurs, mais aussi sur le plan de ses passions personnelles fait maintenant ses tournées au volant d'une Cherokee Chief, dans lequelle il a installé un poste C.B.: une marotte très pratique. " Je m'en sert énormément en tournée. Je communique avec Alain, mon régisseur. Mais je ne m'en sers pas tellement le soir, parce qu'il y a des craignes si la fréquence qui s'ennuient chez eux et qui couvrent tout le monde". Côté moto, il a eu envie de conduire autre chose que son Sporster Harley qu'il a depuis un an et demi. " Je l'ai échangée à Coluche contre sa Triumph Bonneville 750. Je voulais pas vendre mon Sporster à n'importe qui: c'était MA moto. Je voulais pouvoir la reprendre à l'occasion pour aller faire un tour... Coluche a redésossé mon Sporster pour le remette en état d'origine. Avec la Bonneville, j'ai redécouvert la vitesse... ". Il revendra cependant quelques mois plus tard à Shitty, son pote du groupe Odeurs, à qui Coluche revendra également le Sporster. A l'époque Coluche ne s'occupe d'ailleurs pas seulement de moto. Il a décidé d balancer son plus gros gag en se présentant aux élections présidentielle et possède un fervent défenseur en la personne de son pote de toujours Renaud, qui expliquera peu après son échec: " Coluche exprimait un ras le bol que je ressentais par rapport à la droite, par rapport aux arnaqueries du pouvoir, aux espoirs déçus de la gauche... La preuve qu'il visa juste, c'est qu'il a finalement pas pu se présenter après les consigne données par les grands partis pour pas donner leurs signatures aux petit candidats ". L'amitié de Renaud pour Coluche ne se démentira pas quant " Soleil immonde ", chanson signée Michel Colucci, sera retenue pou figurer sur "... Le Retour de Gérard Lambert ", nouvel album enregistré au cours de l'année 1981. Jusqu'à présent, c'est la seule chanson d'un auteur contemporain autre que lui qu'ait jamais enregistré Renaud. Avant que ne paraisse " ... Le Retour de Gérard Lambert ", le répertoire d' chansons réalistes interprétées à Bobina sort en disque sous le titre " L' p'tit bal du samedi soir ". Renaud aura également été sollicité pour écrire sa première musique de film par Patrice Leconte. Deux chansons seront intégrées à " Viens chez moi j'habite chez une copine ", qui feront l'objet d'un 45 tours.







Si l'année 81 est surtout marquée par la victoire de la gauche, dont Renaud
se réjouit " Rien que l'abolition de la peine de mort me permet dé ne pas regretter mon bulletin de vote ! ", elle verra aussi la disparition d'un homme à qui il vouait une profonde admiration: Georges Brassens. Voici comment il raconte sa seule rencontre avec son principal inspirateur: " On s'est retrouvé sur un plateau de télévision. Il était à cinq mètres de moi et il me regardait par en-dessous. Je flippais complètement. Je trouvais qu'il avait un drôle d'air et qu'il devait se demander qui avait eu l'idée de mélanger ainsi les genres et les gens. En fait, c'était de la timidité. Il est venu à petits pas vers moi. On a dû mettre cinq minutes à franchir les cinq mètres qui nous séparaient. En arrivant près de moi, en me regardant par en dessous, il m'a dit bonjour et il m'a fait des compliments: " Je connais un peu ce que vous faites... Pas tout... Quelques chansons... Je trouve cela formidablement construit. Et c'est très important ça ! Retenez bien ça: c'est bien construit ". Alors moi, j'ai bredouillé, complètement paniqué: j'ai été à bonne école. J'ai tous vos disques ! Je pouvais quand même pas lui dire que ça faisait trente ans que je l'écoutais. Ca se dit pas ! ... ". A Renaud de reprendre le flambeau de cette haute tradition de la chanson anar et impertinente, si magnifiquement illustrée par Brassens. Les nouveaux hommes du gouvernement de 81 n'allaient d'ailleurs pas tarder à lui faire les yeux doux. Georges Fillioud, récemment nommé ministre de la communication, disait ainsi: " J'aime certains chanteurs, Ferrat, Brassens. J'apprécie les chansons significatives ou celles qui portent des images. Y'a tellement de soleil dans ses yeux que lorsqu'elle me regarde, je bronze ". C'est de Renaud.







" ... Le retour de Gérard Lambert ", cinquième album de studio, sort à
l'automne 81. On pourra trouver nombre de citations pertinentes dans les nouvelles chansons qu'il contient: " Banlieue rouge ", " Manu ", " Oscar ", " La blanche ", " Soleil immonde ", " A quelle heure on arrive ". Dans l'ensemble moins violent que " Marche à l'ombre ", de ce disque émane une grande tendresse, même si l'ironie sarcastique de Renaud y atteint des sommets avec des textes comme " Le Père Noël noir ", " J'ai raté télé-foot ", " Mon beauf ", ou " Etudiant - poil aux dents ". Renaud ne s'épargne d'ailleurs pas lui-même dans " A quelle heure on arrive ", qui évoque la déprime des tournées-galères qui n'en finissent pas. C'est aussi ce qui l'attend (quoi qu'avec beaucoup plus de moyens que ce qu'il décrit dans sa chanson) à partir du mois d'octobre, où il va parcourir tous les coins de l'hexagone jusqu'à la fin de l'année, avant de s'installer pendant deux semaines à l'Olympia, en janvier 82. Juste avant Noël 81, sortira le premier (et dernier) album de BD dont Renaud a écrit le scénario, " Les aventures de Gérard Lambert ". Il sera épuisé en un temps record, bien que, selon le propre aveu de Renaud, il ait fait le scénario à toute vitesse, un peu par-dessus la jambe. Les dessins sont signés Jacques Armand, alors prof de dessin et illustrateur dans un hebdomadaire de l'Eure qui, après avoir envoyé quelques planches à Renaud, avait obtenu d'illustrer le verso de la pochette du " Retour de Gérard Lambert " et envisagé une série d'histoires mettant en scène le héros de la chanson. Malgré le succès commercial de cette première expérience, elle n'aura pas de suite. L'année 82 commence en fanfare, avec quelques émissions de télévision importantes précédant l'Olympia, comme le " Grand échiquier" et " Droit de réponse ", consacré à Charlie Hebdo, où il se fait remarquer aux côtés de Gainsbourg, en agressant des lycéens qui l'excédaient avec leur mollesse. Cependant, Renaud suspendra ses activités professionnelles avant l'été, afin de se livrer à sa nouvelle passion: la voile.





















# Posté le mardi 21 février 2006 11:23

Modifié le mardi 10 juillet 2007 08:39

1982 à aujourd'hui

1982 à aujourd'hui

Renaud super-star



mais libre




" C'est
pas ce que j'ai dans mon portefeuille qui me



changera ".








PENDANT pratiquement
un an, Renaud va disparaître du circuit du showbiz, pour ne se repointer qu'à l'été 83. Entre temps, sa maison de disques aura pris soin de faire paraître " Un Olympia pour moi tout seul " double album enregistré en public pendant ses shows du début 82. C'est d'ailleurs une pièce indispensable. Beaucoup mieux orchestrées qu'à Bobino, les chansons ont été triées sur le volet parmi les meilleurs écrites par Renaud jusqu'alors. Jamais on ne l'a senti aussi présent, heureux d'être en scène, parlant au public, racontant des histoires, faisant des clins d'½il à ses musiciens. On perçoit les progrès fabuleux accomplis avec sa nouvelle équipe, grâce au travail intensif des deux dernières années. On peut donc estimer que les vacances que Renaud s'accorde sont amplement méritées. Il a mûri son projet de départ depuis 81, en mettant en chantier la construction d'une goélette de 14 mètres, coque en aluminium, qu'il a baptisée la " Makhnoutchina " (" I'épopée de Makhno "), du nom de Makhno, anarchiste arménien assassiné par les boïchéviques durant la révolution russe. Deux années plus tôt, il ne connaissait pourtant encore rien de la voile. " Ce qui a été le détonateur, c'est plusieurs choses à la fois. D'abord des copains, musiciens de Coluche, qui ont construit leur propre bateau pour tout larguer et vivre ailleurs. Et puis la lecture des bouquins d'Antoine, que je prenais pour un con et qui m'ont fait changer d'avis sur leur auteur. Si ce qui s'est passé au sujet de sa carrière ne m'intéresse toujours pas, je trouve super la façon dont il mène maintenant sa barque, sa façon de vivre. Il y a autre chose aussi qui a déclenché ce départ. C'est que du jour au lendemain j'ai gagné des tunes... C'était ça ou la résidence secondaire... J'ai préféré le bateau. Ce qui m'a poussé à partir, c'est que depuis quatre ou cinq ans, ma vie privée est contaminée par le succès. Je ne peux plus aller dans un endroit public sans être sollicité de toutes parts et j'avais envie de fuir les studios, les musiciens, les journalistes, les radios, les télés, tout quoi !... Je dis toujours que si le bateau c'est pas la liberté, ça y ressemble drôlement ".







Dès septembre 82 à avri
l 83, Renaud voguera donc sous des cieux ensoleillés avec Dominique et Lolita. Il reviendra de ses pérégrinations marines gonflé à bloc, en parfaite santé, ayant emmagasiné suffisamment d'énergie pour attaquer à nouveau enregistrement et tournées. " J'ai navigué pendant six mois et je compte faire huit mois par an maintenant. Quatre mois, ça me suffit pour enregistrer un disque, faire la promotion, tourner en province et faire une scène parisienne. Je n'ai envie que dE criques désertes et de vieux ports où ça pue le poisson ", déclare-t-il optimiste, avant de s'envoler pour Los Angeles, où il a décidé d'enregistrer ses nouvelles chansons écrites en mer. Lorsque " Morgane de toi...







so
rt en septembre 83, les questions tombent dru. Pourquoi l'avoir fait au' Etats-Unis ? " Parce que une fois au moins dans ma carrière, je voulait savoir comment c'était, des musiciens américains ", A-t-il été surpris' " Pas vraiment. Le prix des musiciens est surprenant et leur professionnalisme aussi. La rapidité avec laquelle ils comprennent et exécutent Ce qu'on leur demande, ça c'est étonnant. C'est pas le bordel comme en France là-bas ! C'est pas le système D, mais ça tue un peu l'ambiance... I y avait deux musiciens qui s'intéressaient à ce que je faisais, mais i n'aurait pas fallu leur demander de dépasser la scéance de dix minutes Les autres n'en avaient rien à cirer... ". A Rumbo Recorders Renaud s'était quand même entouré de quelques vieux compagnons: Jean-Philippe Goude, Gérard Prévost, Alain Ranval, Jean-François Roques, Klaus Blasquiz... et l'album ne sonne finalement pas très " américain >>, étant donné que ce sont encore les magnifiques textes de Renaud qui prédominent. Le public ne s'y trompe pas et réserve un accueil fantastique i " Morgane de toi... ", (dédié à Lolita), qui pulvérisera en l'espace d'un a tous les records de vente en matière de chanson francophone. Certain textes rivalisent d'humour:—" Dès que le vent soufflera... ", où il se moque de sa nouvelle identité de marin en parodiant " Santiano ", qui devait déclencher sa passion de la chanson.—" Pochtron ! ", où son ancienne image publique est encore le sujet de ses sarcasmes.—" Ma chanson leur a pas plu... ", merveilleuse collection de parodies, dont il dit " C'est un coup de chapeau en forme de coup de canne... J'ai pris de gens que j'aime bien, qui font partie de mon univers musical. Cabrel était mort de rire, Capdevielle aussi... "—" Près des autos tamponneuses où il introduit le personnage irrésistible de Pépette, archétype de la " Madone des machines agricoles ". Il exprime l'extrême tendresse qu'il voue aux deux femmes de sa vie, Lolita et Dominique avec, respectivement " Morgane de toi " et " En cloque ". Et il élargit le champs de ses préoccupations sociales avec " Deuxième génération ", qui sera chanté pendant la fameuse Marche des Beurs, fin 83, à laquelle Renaud participera, et " Déserteur ", sorte de version revisitée années 80 de la chanson de Boris Vian. Dans cette dernière il exprime une nouvelle prise conscience, une nouvelle prise de position politique qui se traduira par son adhésion à Greenpeace, le seul mouvement auquel il se soit jamais inscrit. " C'est une façon à moi de dire que j'ai un peu évolué, pas dans sens d'un mieux, mais j'ai un peu changé d'avis par rapport à mes conceptions, un idéal de vie, d'environnement. En découvrant la mer, j'ai découvert un univers plus propre, moins pollué. Et puis le fait d'être père d'une môme qui aura vingt ans en l'an 2 OOOfait que je veux la voir avoir vingt ans dans une société démilitarisée, dénucléurisée, dépollué. Depuis que j'ai ma môme, j'attache beaucoup plus d'importance à la vie, à la survie de l'humanité, des enfants, de tout le monde, qu'il y a trois ans Disons qu'avant, mon terrain d'action et de lutte, c'était plutôt les jeune la délinquance, les problèmes des gens qui vivent mal. Maintenant je m dis qu'il faut qu'ils vivent tout court. J'ai élargi mon champ d'action "









# Posté le mardi 21 février 2006 12:21

Modifié le mardi 10 juillet 2007 13:09

1982 à aujourd'hui

1982 à aujourd'hui

Renaud, qui essuiera les plâtres du Zénith, la nouvelle salle consacré aux grands concerts rock et variétés à Paris, sera, comme il se doit, invité à son inauguration par François Mitterrand, avant d'y entamer sa série de concerts du 17 janvier au 5 février 84. Pour l'occasion, il est entouré de quatorze musiciens, compagnons de longue date pour la plupart, parmi lesquels, grande nouveauté, un quatuor à corde, qui permettra de reproduire plus fidèlement le son des disques. Pour ce show, l'effort a été port plus particulièrement sur la scénographie, avec un décor entièrement tubulaire, doté d'un système d'éclairage fort ingénieux. Sur scène comme en disque, Renaud peut maintenant rivaliser avec les grands groupes d rock, même si l'accordéon reste un des éléments majeurs de son spectacle. Après un dernier concert au Zénith, qui n'a pas désempli, donné a profit de Greenpeace et auquel participeront Hugues Auffray, Charlélie Couture, Francis Cabrel et Téléphone, toute l'équipe entreprend un tournée marathon à travers la France. Deux autocars, trois camions bourrés de matériel jusqu'à la gueule, Renaud joue maintenant devant de salles de 8000 à 10 000 personnes dans les grandes villes. Il est ce qu'on appelle un " chanteur tous publics ", ce qui lui inspire ce genre de réflexion laconique: " Et alors! J'ai aussi sûrement des cons dans mon public. Je ne vais pas demander une carte à l'entrée de mes concert pour savoir si les mecs sont chômeurs, socialistes ou de droite... ". La tournée se terminera en apothéose le 31 mars, sur la grande scène du Printemps de Bourges, sous une pluie de confettis et de ballons géants







A l'âge de 32 ans, Renaud a maintenant att
eint les sommets du métier de la chanson. Il est adulé par des fans de tout poil: " Tout le monde m'accoste, des grands-mères, des loubards, des beaufs, des punks, de immigrés, des cadres. Sincèrement j'ai souvent l'impression de ne plus avoir de vie privée. Impossible par exemple de boire un café tranquille au bar. Il y a toujours vingt mecs qui me tapent sur l'épaule pour me réclamer un autographe. Je ne refuse jamais. Je ne suis pas bêcheur... Je reçois aussi des lettres de petites filles et de petits mecs qui me disent qu'écouter mes chansons, ça leur enlève l'envie de se flinguer, ça let rattache à la vie, ça leur donne envie de lutter concrètement... Mais quand je vois un mec de quinze ans qui se fait tatouer ma tronche sur 1` bras et qui à cinquante ans l'aura toujours, ça me fait peur ! Par contre, quand je vois un mec blouson de cuir et foulard rouge autour du cou sur sa mob tatouée d'un " Renaud " en gros, ça me touche. J'ai envie de lui taper sur l'épaule ". Concrètement, son succès se traduit par des nombres suivis d'un paquet de zéros: en l'espace de six ans, il a vendu plus de 3,5 millions de disques, ce qui le place dans la tranche fiscale des grandes fortunes, taxées à 70 %. Il le prend avec la plus grande simplicité: " Mon pognon, i1 est sur un compte courant: pratique pour en donner aux copains dans la dèche... Mais je n'ai rien à cacher: deux cents mètres carrés de grenier dans le Marais, j'ai acheté ça quarante bâtons et j'ai retapé. Et puis j'ai mon bateau. J'suis pas milliardaire. Je fais ce que j'aime. Je prends le temps de vivre. C'est un malheur que je souhaite tout le monde ". Afin d'entériner le succès de " Morgane de toi ", Renaud fait appel à Serge Gainsbourg pour réaliser le clip de la chanson. L~ tournage se déroule sur les dunes du Touquet, au mois de mai. Une trentaine d'enfants nus courent sur le sable... et Renaud chante sur un radeau. Toujours l'appel de la mer! Quelques jours plus tard, il rejoint d'ailleurs son bateau en Turquie, pour une croisière d'un mois à travers les îles grecques, en direction de Naples, avant de partir à la conquêt d'un nouveau public qui l'attend avec impatience. Conquis d'avance, !e Québécois, qui n'ont encore jamais vu Renaud en chair et en os, réserver un accueil formidable à celui qu'ils nomment déjà " Le phénomène de la chanson française d'aujourd'hui ". Entre le 10 et le 20 juillet, 40000 personnes débordant d'enthousiasme se presseront aux six concerts que la troupe de Renaud donnera dans des stades. Lui-même, qui pensait avoir à redescendre un peu de son piedestal pour séduire des gens qui ne le connaissent pas, en est le premier étonné. " Dominique m'appelait " raz de marée " avant de partir au Québec. Lorsque je suis rentré, elle m'a dit: " tu vois, ça continue... " Une anecdote amusante illustre pourtant les limites de la portée du langage de Renaud... hexagonales s'il en fut ! Alors que ses premiers disques ont jusqu'alors été distribués en import au Canada, " Morgane de toi " est fabriqué en 84 par un label local. Les paroles figurent intégralement à l'intérieur de la pochette, mais on a jugé bon d'expliciter certaines locutions particulièrement hermétiques à nos cousins bûcherons. On constate ainsi que " c'est le pied " se traduit par " c'est le boutte ", " veulent bien me lâcher la grappe ", par " veulent bien arrêter de m'achaler ", " putain d'mufflée que je me suis pris " par " j'me suis paqueté en sacrament ", " rugbymen " par " joueurs de football " (!), " des boudins " par " des guedailles ", " en cloque " par " en balloune ", " pote " par " chum ", " baratiner " par " chanter la pomme " " mufflée " par "brosse ", etc., etc., etc. Imaginez une seconde que Renaud décide " d'adapter " ses chansons en québécois... Lui n'y songe pas et termine l'été 84 sur les flots bleus.







Le 8 septembre,
il chante en vedette à la Fête de l'Humanité, revenant ainsi bizarrement sur ses prises de positions passées. Il déclarait en effet début 84: " Je refuse de passer à la Fête de l'Huma. Ils me détestent et, de toute façon, je ne veux pas créditer des gens qui ont une telle attitude en Afghanistan et dans les pays de l'Est... Le Parti a commencé à me descendre à cause d'une chanson: " Où c'est qu' j'ai mis mon flingue ". On s'est fâché à mort, ils m'ont décrété " ennemi de la classe ouvrière ". Tu peux te dire: " je suis un artiste, je fais mon métier, peu importe qui m'emploie ". Mais de temps en temps, il faut quand même faire des choix ". A ceux pour qui ce choix paraît être une contradiction, il déclare: " Oui je me contredis, je suis un réuolté. " Tous nos espoirs sont dans la contradiction ": c'est de Bertolt Becht ". A ceux qui sont près à écouter ses arguments, il dit " J'ai chanté à la Fête de l'Humanité parce que j'avais envie de le faire. J'en ai marre d'entendre cracher sur le PC de tous côtés. Ça m'est arrivé aussi de le faire, mais pour une certaine raison. Mais aujourd'hui, c'est la mode. On crache sur l'Union soviétique, Sakharov est devenu le fer de lance de la droite. Je hais la droite, viscéralement, du fond du c½ur depuis toujours. Alors chanter à la Fête de l'Huma, c'est faire un pied de nez au gouvernement et un bras d'honneur à la droite, pour situer une fois pour toute dans quel camp je me place ". Ayant ainsi mis les points sur les i, Renaud repart chez les Québécois qui le réclament en octobre-novembre. Et il termine l'année sur son bateau.







Le 30 janvier 85, Renaud fait encore la une de l'actualité, mais cette fois en tant que
manifestant de Greenpeace. Ils sont une centaine ce jour-là à occuper les locaux de la Japan Airline sur les Champs Elysées, afin de protester contre la décision du gouvernement japonais d'autoriser la chasse à la baleine dans ses eaux territoriales pendant un an, malgré l'interdiction de la commission baleinière internationale. Renaud et ses copains seront embarqués par les flics et coffrés pendant quatre heures. " Si j'y suis allé, c'est d'abord parce que je crois au combat de Greenpeace, ensuite parce que ça a permis à l'association d'être sous les feux de l'actualité pendant toute une journée. Si Greenpeace avait appelé à manifester à la Bastille, il y aurait eu cent pelés et vingt tondus dans la rue. Et tout le monde s'en serait foutu. Tandis que là on a vu Renaud et tous ses collègues à la télé. Et en prime, les gens ont appris que les baleines crevaient à vitesse grand V... ".







Cette aventure donne le ton des
prises de position de Renaud durant l'année 85, qu'il consacre à un combat essentiellement humanitaire. Il donne sa signature pour parrainer le mouvement " Touche pas à mon pote ". Il prend position contre le régime de l'apartheid en Afrique du Sud publiant dans l'Humanité Dimanche du 7 avril une lettre ouverte à Nelson Mandela: " Je t'écris énervé. La télé, ici, nous abreuve régulièrement d'images de manifestations anti-apartheid, anti-misère, anti-injustice en Afrique du Sud, manifestations réprimées par les gardes-chiourmes du pouvoir blanc avec une violence qui me révolte et indigne bon nombre de mes compatriotes... Nous sommes ici quelques-uns (sûrement plusieurs millions) à soutenir ton combat et celui de tes frères. De Paris à Santiago du Chili, d'lstanbul à Nouméa, de Bilbao à Johannesburg, les hommes libres te crient: courage, Nelson, l'apartheid connaîtra bientôt son Trafalgar. Fraternellement ". Il s'insurge contre l'émission sur la guerre présentée à FR3 par Yves Montand et s'associe à d'autres pour proposer une émission sur la paix " Parce que je suis contre la guerre, contre toutes les guerres, parce qu'il faut foutre la paix aux étoiles ". Et surtout, il s'occupe ardemment de l'opération " Chanteurs sans frontières " destinée à venir en aide aux victimes de la sécheresse en Ethiopie. Il en explique la démarche: " Ça a été la suite logique d'un mouvement international commencé avec les disques anglais et américain, poursuivi avec des chanteurs africains de France et que le nôtre continue. Valérie Lagrange m'a téléphoné un jour en me proposant de faire, nous aussi, un disque pour l'Ethiopie. J'ai eu d'abord le réflexe de me dire: c'est trop tard. Réflexe stupide: ce n'est jamais trop tard. Et puis, il n'y a pas trop de concurrence... Eddy Mitchell a utilisé le terme de mode: mais heureuse ment que c'est la mode d'être solidaire. Comme il a refusé de participer à l'opération, il la descend un peu, c'est normal. Bref, moi j'étais à peu près convaincu, mais sans idées, ni paroles, ni musique. Un compositeur avec qui je travaille occasionnellement (Franck Langolff) m'a amené une musique qui m'a fait carrément craquer. J'ai fait un texte rapidement, mais pas facilement. Il fallait qu'il convienne à trente cinq interprètes différents. Le 2 juin, Coluche devait remettre un chèque de 10 millions de francs, première somme recueillie par l'opération malgré les polémiques mesquines qu'elle a pu susciter, au président de Médecins sans frontières qui devait servir à l'achat et à l'acheminement de plaquettes protéinées en Ethiopie.







Si Renaud n'a pu éviter les sarcasmes e
t les critiques de certains vis-à-vis de cette opération, une autre épreuve l'attend fin juillet, lorsqu'il est invité en vedette de là délégation française au Festival mondial de la Jeunesse à Moscou. Déjà quelque peu désorienté à son arrivée en URSS par l'encadrement qu'on lui impose, Renaud va carrément flipper lors de son concert au théâtre de verdure du parc Gorki, qui contient dix mille places. Premier signe: pas un adolescent dans le public qui est exclusivement constitué d'invités (tous membres du Parti); deuxième signe: en plein milieu de " Déserteur ", la moitié du théâtre se vide en même temps de forts projecteurs éclairant soudain les gradins. Renaud poursuit son spectacle jusqu'au bout et éclate de rage en sortant de scène. Il s'est fait grugé par un pouvoir contre lequel il n'a aucune prise. Il rentre à Paris la mort dans l'âme et dans un état de paranoïa aigüe, après avoir été sournoisement contraint de chanter devant un cercle d'officier de l'Armée Rouge: honte suprême. Avare de commentaires, il lâchera simplement: " J'ai laissé là-bas quelques illusions et je n'avais plus qu'une envie, m'occuper de ma peau, de celle de ma famile et de mes potes. S'investir dans une lutte, c'est soit se faire couillonner, soit avoir trop de boulot. Lorsque l'homme est mauvais, il n'y a aucun espoir. Ils n'ont plus que la société qu'ils méritent ". Cet accès de désillusion transparaît fortement au travers de " Fatigue ", belle chanson du nouvel album qu'il part enregistrer à Los Angeles peu après son retour de Moscou. Selon lui, c'est d'ailleurs dans la douleur qu'il enfantera de " Mistral gagnant ". Souffrant de problèmes avec sa voix à Los Angeles, il préfèrera achever l'enregistrement à Paris.



Aujourd'hui, vous connaissez tous le dernier Renaud e
t vous savez qu'il a encore suffisamment d'humour pour nous faire marrer (avec " Tu vas au bal ? ", " Baby-sitting blues " ou " Le retour de la pépette "), suffisamment de tendresse pour nous faire craquer (avec " La pêche à la ligne >>, " Mistral gagnant "), qu'il est suffisamment concerné pour nous concerner (avec " Trois matelots ", " Morts les enfants ", et " P'tite conne "), qu'il a la dent suffisamment dure pour n'épargner personne, lui compris (avec " Miss Maggie " et " Si t'es mon pote "). Bref, Renaud n'est pas près de fermer sa gueule et c'est tant mieux. L'important contrat (on a parlé de 400 millions) signé avec sa nouvelle maison de disques Virgin, pour cinq albums, n'est pas là pour le démentir. Et même s'il décidait de ne plus redescendre de son bateau, vous l'entendriez encore hurler son combat au milieu des embruns, des tempêtes, et chanter sa tendresse sous la caresse du soleil faisant miroiter une mer d'huile.





# Posté le mardi 21 février 2006 12:28

Modifié le mardi 10 juillet 2007 09:36

DISCOGRAPHIE

DISCOGRAPHIE

Amoureux de Paname 1975

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Laisse béton 1977


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Ma
gonzesse 1979

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M
arche à l'ombre 1980

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L
e retour de Gérard Lambert 1981

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Mor
gane de toi 1983

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M
istral gagnant 1985

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Put
ain de camion 1988

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Marchand de cailloux 1991

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Renaud cante el' Nord 1993

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A la belle de Mai 1994

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Ren
aud chante Brassens 1994

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Bo
ucan d'enfer 2002

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# Posté le mercredi 22 février 2006 09:11