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1952 à 1963 : Une enfance choyée

1952 à 1963 : Une enfance choyée

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Renaud Mino



Pas si loin des fortifs




" Je suis le cinquième
ex æquo d'une famille de six enfants ".







Il s'est pointé
en bande, ils étaient déjà deux le jour du 11 mai 1952. Ça se passait dans une maternité du 14e arrondissement, ou Solange Séchan, heureuse et étonnée, voyait paraître deux petites têtes de bébé garçons braillards. Elle avait déjà donné naissance à trois filles et un garçon. Avec les jumeaux nouveaux-nés, Renaud et David, l'équilibre des sexes était donc établi dans sa petite famille. Elle n'aurait plus d'autre enfant. S'occuper de toute cette marmaille demandait déjà suffisamment d'efforts. Les Séchan vivaient alors Porte d'Orléans, dans les ensembles d'immeubles en briques poussés tout le long de la limite périphérique de Paris, à l'époque des premières grandes lois sociales. Les anciennes " fortifs " ne servaient plus à rien, et il fallait combler le no man's land qui existait entre Paris " intramuros " et sa proche banlieue. Là où sont aujourd'hui construits boulevard périphérique, stades et grands ensembles, il n'y avait alors que terrains vagues et vieux relents d'après guerre. C'est Olivier Séchan qui assure à lui seul la subsistance de la famille. Solange, comme la plupart des mères de l'époque, est une femme au foyer.



" Jusqu'à ce qu'elle ait vi
ngt ans et qu'elle se marie, ma mère était ouvrière dans une usine de Saint-Etienne ", raconte Renaud. " Après, quand elle est venue à Paris avec mon père, c'était pour torcher ses six mômes... Ma mère est née à Lens, dans le Nord. Son père y a longtemps été mineur, Quant d'aller bosser comme ouvrier chez Renault. C'était un vieux militant stalinien. Il est même allé faire un voyage en Russie. Il s'appelait Oscar et j'ai fait une chanson sur lui ". Si la mère de Renaud est issue d'un milieu prolétaire, son père est un intellectuel. Il gagne d'abord sa vie comme écrivain. L'un de ses romans, publié avant guerre, a reçu le prix des Deux Magots. "Il a aussi écrit plusieurs polars aux éditions du Masque, sous le pseudonyme de Lawrence T. Ford. Il est ensuite entré chez Hachette, où il a beaucoup écrit pour les enfants et la Bibliothèque Rose. Il a fait aussi des traductions et du rewriting. Seulement, comme '1 audit de plus en plus de mômes, les droits d'auteur comptaient pas lourd. Alors il est devenu prof d'allemand dans un Lycée du 13e arrondissement, le Lycée Gabriel Fauré ". Olivier Séchan est issu d'une famille protestante de Montpellier chez qui la fibre artistique était assez développée. Elle compte des peintres, des écrivains, des cinéastes. On y aime également les richesses de l'esprit. Le grand-père paternel de Renaud, qui enseignait le grec à la Sorbonne, a voulu que son fils sache jouer du piano. Et Olivier en joue. Mais inciter ses propres enfants à en faire de même devait s'avérer autrement compliqué. Renaud se souvient en riant: " Mon père a essayé de nous pousser à apprendre le solfège. Mais c'était pas facile, parce que, comme j'avais un frère jumeau, on s'aidait mutuellement à rien foutre. Je disais: Ouais, le cours de piano, ça me gonfle... Si David y va, j'y vais. Et David disait pareil, si bien qu'on n'y allait ni l'un ni l'autre ". Les petits Séchan étaient des gamins faciles, en somme... Le genre de mômes beaucoup plus intéressés à regarder ce qui se passe autour d'eux, qu'à s'atteler à quelque tâche vaguement rébarbative.



A l'
âge de trois ans, le petit Renaud est très fier: on le convie à venir montrer sa frimousse blonde pour les besoins d'un tournage de 3 ans, le petit Renaud est très fier: on le convie à venir montrer sa frimousse blonde pour les besoins d'un tournage de Ballon Rouge, le fameux film d'Albert Lamorisse. " On était avec mon frère jumeau dans la rue, et on regardait comme des idiots ce truc, le ballon rouge, s'envoler. Tu parles d'une blague. Enfin, ça m'a fait une approche du métier ". Cette ambiance l'impressionne au même titre que celle qu'amènent avec eux les bateleurs dans les cours du groupe d'immeubles qu'il habite. " Les cours intérieures, c'était des planches pour les montreurs d'ours, les jongleurs, le musico qui venait pousser sa plainte. J'avais six ans quand je voyais ça. Et puis après, jusqu'à 16-17 ans, plus rien. Le désert culturel pour les HLM. Pourtant, moi, ça m'avait vachement marqué, tout môme ". A vrai dire, l'école ne l'a jamais intéressé outre mesure. Il y va comme tous les petits garçons de son âge, ne s'y fait remarquer ni parmi les premiers, ni parmi les derniers. Ce qu'il déteste surtout, c'est d'avoir à se lever alors qu'il fait encore nuit pour partir dans le froid. " J'étais dans un pays merveilleux et tout d'un coup, je sentais une main sur mon épaule: " Renaud lève-toi, il est six heures et demie. Habille-toi, il faut aller à l'école. Je sortais dans la rue en culotte courte, dans la nuit noire et froide, et je me retrouvais dans la cour de récréation en béton ". Avant de sortir de la maison, il voit son père, assis à son bureau, prêt pour une journée d'écriture, et il se dit qu'il serait tellement agréable de rester travailler chez soi. Rentrer chez lui après la classe présente cependant beaucoup moins d'intérêt.



" A l'époque, à la Porte d'Orléans, il y avait un te
rrain vague et un stade. Après l'école, les sportifs allaient sur le stade. Moi, j'allais avec les autres sur le terrain vague. Il n'était pas plus grand qu'un terrain de football, mais pour moi, c'était la jungle ". Quand il sera un peu plus grand, vers l'âge du Lycée, il ira parfois pousser une pointe vers Denfert ou Malakoff, avec ses copains. " J'étais pas un voyou, simplement un môme qui traînait dans les rues ". Ses copains de l'époque ne l'appellent d'ailleurs pas toujours Renaud, mais bien souvent Gaston. " Ils m'appelaient Gaston, comme le personnage de B.D., parce que j'ai les jambes arquées comme lui, je suis voûté comme lui, je suis flemmard comme lui, j'ai toujours des cernes, je suis jamais réveillé, comme lui ". Portrait sans concession. Evidemment, jamais au cours de son enfance Renaud n'a envisagé, ni même imaginé qu'il pourrait être un jour chanteur. " Je voulais faire cuisinier d'abord... Parce que, un jour, j'avais fait une tarte et mes parents avaient dit: Ah ! ce que c'est bon... C'est bien... Il est doué...Il sera cuisinier, mon fils... Alors, pendant deux ou trois ans, j'ai voulu faire cuisinier... Tous les dimanches, je faisais une tarte. C'était pas possible, on se demandait si la croûte c'était l'assiette ! ". Renaud se souvient bien de ce malaise qui fait qu'on ne sait jamais trop où on va, quand on est gosse. " La chose la plus difficile, c'est de déterminer ce que l'on veut. On est tiraillé par plusieurs tendances: celles que veulent nous inculquer les parents, celle vers laquelle tendent les copains et celle qui se cache en nous. Quand j'étais môme, par exemple, je subissais deux influences complètement opposées: celle de mon père, amateur de classique, et celle de ma mère qui avait des goûts plutôt populaires ". Dans l'appartement de la porte d'Orléans, un seul genre de musique avait le droit de cité, celle qu'écoutait son père, essentiellement faite de classique et de jazz. La chanson réaliste, la java, le tango, l'accordéon musette, qui avaient bercé l'univers de sa mère, faisaient partie d'un folklore qu'on préférait occulter pour d'indicibles raisons. Sa mère chantait pour elle même, comme ça, ou bien il lui fallait passer ses disques à elle " en loucedé ". Chez Oscar, au contraire, on chantait haut et fort les vieilles rengaines. " Je me souviens que quand j'allais chez lui en vacances, mon grand-père chantait a capella des chansons de Berthe Sylva. Il pleurait en entendant " Le Petit Bosco ". Alors, moi je pleurais aussi... de voir mon grand-père pleurer ! ". C'est seulement plus tard que Renaud, par réaction sans doute, redécouvrira les richesses de la chanson française du début de ce siècle. A vrai dire, le seul chanteur qu'appréciait son père était Brassens. Lui, on pouvait l'écouter et le réécouter, il y avait toujours la



richesse des mots. Même s'il s'est mis assez tôt (10-1
2 ans) à écrire des petits poèmes, Renaud ne décortiquait pas encore les paroles de Brassens. Il avait plutôt l'impression de subir la musique, comme le reste. Il avait certainement des choses à exprimer, mais il lui fallait d'abord passer l'obstacle de sa timidité.



# Posté le dimanche 19 février 2006 11:07

Modifié le mardi 21 février 2006 11:25

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