Gueule d'Aminche

Gueule d'Aminche

Gueule d'aminche

(Renaud Séchan)




Ecoutez ça
, les aminches

les escarpes et les marlous,

c'
est l'histoire d'un drôle de grinche,

tronche d'a
mour, gueule de voyou.



C'es
t une histoire féroce

qui f'ra p
leurer les frangins,

qui fera ch
ialer les gosses

de Belleville
jusqu'à Pantin.



Pleurez pas
dans vos mouchoirs,

non ça n'est
pas mon histoire.

C'est l'hist
oire triste et sordide

d'un gigo
lo d'la Vache-Noire

qu'aimait d
'un amour stupide

une bourgeoise
des boul'vards.



L'avait pas
une gueule trop moche,

sous sa
casquette de fortif,

y traînait
à la Bastoche,

où c'est qu'y jo
uait du canif.



Pleurez pas
dans vos mouchoirs,

non ça n'est
pas mon histoire.



C'était
le roi des barrières,

l'as de la
java musette,

l'tombeur des bals populaires,

d
'la Chapelle à la Villette.



Enfin bref, c'ét
ait l'bon jules

pas bégueule et
presque honnête,

il avait pas t
rop d'scrupules

d'gagner sa croû
te à Montmartre.



Pleurez pa
s dans vos mouchoirs,

non ça n'e
st pas mon histoire.



Mais l'
angoisse c'est qu'un beau soir

il a rencontré c'te môme,

son so
urire en balançoire,

ses grands
airs et ses diplômes.



L'aur
ait mieux fait d'la maquer

su'l'
trottoir pour 300 balles,

plutô
t que d's'amouracher

de cette sa
lope en cavale.



Pleurez pas
dans vos mouchoirs,

non ça n'es
t pas mon histoire.



Depuis q
u'il l'a dans la peau,

c'est plu
s l'marlou qu'j'ai connu,

y par
le de s'mettre au boulot,

de plu
s traîner dans les rues.



Po
ur y offrir des dentelles,

y ren
once même au fric-frac,

aux coup
s d'surin et d'semelles,

aux co
mbines et à l'arnaque.



Les e
scarpes et les marlous

qui traîn
ez su'l'macadam,

faites-vous pl
utôt couper l'cou

que d'en pince
r pour une grande dame.



Ple
urez pas dans vos mouchoirs,

non
ça n'est pas mon histoire .







ANALYSE




5. Gueule d'am
inche



L'album
est lancé, il se contente désormais de maintenir sa vitesse de croisière. Que dire d'autre de cette chanson sinon qu'elle confirme encore et toujours l'image d'un chanteur populaire parisien ? Loin des sunlights des tropiques, c'est un personnage digne d'un Zola qui tient la vedette. Loin d'Alexandrie, c'est une vision des vieux quartiers de la capitale française qui sert de décor. L'appel à l'anarchie y est moins direct. Renaud semble d'ailleurs commencer à maîtriser l'art des messages indirects.





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# Posté le mercredi 22 février 2006 10:18

La Coupole

La Coupole

La Coupole

(R
enaud Séchan)



Andy W
arhol, à la Coupole,

pein
t les gambettes de Mistinguett,

i
l les dessine très longilignes,

l
eurs donne la forme du cou d'un cygne.



Lewis C
arrol, à la Coupole,

par
le de fillettes en salopettes,

il
les devine vétues de Jean's,

ple
ines de paillettes sur les paumettes.



Elles me fascinent, toutes ces gamines,

av
ec leurs mines de Marylin,

sortan
t d'l'école, vers la Coupole,

ell
es caracolent et elles raccolent.



Quan
d vient le soir, j'aime aller boire

un ve
rre d'alcool à la Coupole,

pour f
aire du gringue à toutes ces dingues,

à to
utes ces folles bien trop frivoles.



To
utes les idoles, de la Coupole,

l
es midinettes, les gigolettes,

le
s carolines en crinolines,

ne son
t en fait que des starlettes.





ANALYSE




6. L
a coupole



Quitt
ons le quartier de la chanson précédente, prenons la première à droite, qu'y voyons-nous ? Telle semble être l'inspiration initiale de la chanson, qui sonne comme une accalmie, comme un coup de frein nécessaire avant le virage et l'accélération de la chanson suivante.La musique participe à la décompression. Pour la première fois de l'album, nous avons droit à une mélodie légère et enjouée dont le seul but est d'être chantée.



# Posté le mercredi 22 février 2006 10:21

Hexagone

Hexagone









Hexagone


(Renaud Séchan)




Ils s'embrassent au mois de Jan
vier,

car une nouvelle année comm
ence,

mais depuis des éternités


l'a pas tell'ment changé la France
.

Passent les jours et les semain
es,

y'a qu'le décor qui évolue,


la mentalité est la même :


tous d
es tocards, tous des faux culs.



Ils sont pas lourds, en février,


à se souvenir de Charonne,


des
matraqueurs assermentés

qui fign
olèrent leur besogne,

la France e
st un pays de flics,

à tous les c
oins d'rue y'en a 100,

pour faire
régner l'ordre public

ils assassi
nent impunément.



Quand on exé
cute au mois d'mars,

de l'autr' c
ôté des Pyrénées,

un anarchiste d
u Pays basque,

pour lui apprendre
à s'révolter,

ils crient, ils pl
eurent et ils s'indignent

de cett
e immonde mise à mort,

mais ils o
ublient qu'la guillotine

chez nous
aussi fonctionne encore.



Etr
e né sous l'signe de l'hexagone,

c'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,

et le roi des cons, sur
son trône,

j'parierai pas qu'il e
st all'mand.



On leur a dit, a
u mois d'avril,

à la télé, dans l
es journaux,

de pas se découvrir d
'un fil,

que l'printemps c'était
pour bientôt,

les vieux principes
du seizième siècle,

et les vieil
les traditions débiles,

ils les a
ppliquent tous à la lettre,

y m'f
ont pitié ces imbéciles.



Ils
se souviennent, au mois de mai,

d
'un sang qui coula rouge et noir,

d'une révolution manquée

qui fail
lit renverser l'Histoire,

j'me so
uviens surtout d'ces moutons,

eff
rayés par la Liberté,

s'en allant
voter par millions

pour l'ordre
et la sécurité.



Ils commémore
nt au mois de juin

un débarquemen
t d'Normandie,

ils pensent au brav
e soldat ricain

qu'est v'nu se fa
ire tuer loin d'chez lui,

ils oub
lient qu'à l'abri des bombes,

les
Francais criaient "Vive Pétain",

qu'ils étaient bien planqués à Lon
dres,

qu'y'avait pas beaucoup d'J
ean Moulin.



Etre né sous l'si
gne de l'hexagone,

c'est pas la gl
oire, en vérité,

et le roi des co
ns, sur son trône,

me dites pas q
u'il est portugais.



Ils font
la fête au mois d'juillet,

en sou
v'nir d'une révolution,

qui n'a j
amais éliminé

la misère et l'expl
oitation,

ils s'abreuvent de bals
populaires,

d'feux d'artifice et
de flonflons,

ils pensent oublier
dans la bière

qu'ils sont gouver
nés comme des pions.



Au mois
d'août c'est la liberté,

après un
e longue année d'usine,

ils crien
t : "Vive les congés payés",

ils
oublient un peu la machine,

en Es
pagne, en Grèce ou en France,

ils
vont polluer toutes les plages,

e
t par leur unique présence,

abîme
r tous les paysages.



Lorsqu'e
n septembre on assassine,

un peup
le et une liberté,

au c½ur de l'A
mérique latine,

ils sont pas nomb
reux à gueuler,

un ambassadeur se
ramène,

bras ouverts il est accue
illi,

le fascisme c'est la gangrè
ne

à Santiago comme à Paris.




Etre né sous l'signe de l'hexagon
e,

c'est vraiment pas une sinécur
e,

et le roi des cons, sur son tr
ône,

il est français, ça j'en sui
s sûr.



Finies les vendanges e
n octobre,

le raisin fermente en t
onneaux,

ils sont très fiers de l
eurs vignobles,

leurs "Côtes-du-R
hône" et leurs "Bordeaux",

ils ex
portent le sang de la terre

un pe
u partout à l'étranger,

leur pina
rd et leur camembert

c'est leur s
eule gloire à ces tarés.



En N
ovembre, au salon d'l'auto,

ils vont admirer par milliers


l'dernier
modèle de chez Peugeot,

qu'ils p
ourront jamais se payer,

la bagno
le, la télé, l'tiercé,

c'est l'op
ium du peuple de France,

lui supp
rimer c'est le tuer,

c'est une dr
ogue à accoutumance.



En décem
bre c'est l'apothéose,

la grande b
ouffe et les p'tits cadeaux,

ils
sont toujours aussi moroses,

mais
y'a d'la joie dans les ghettos,

la Terre peut s'arrêter d'tourner,

ils rat'ront pas leur réveillon;


moi j'voudrais tous les voir crev
er,

étouffés de dinde aux marrons
.



Etre né sous l'signe de l'he
xagone,

on peut pas dire qu'ca so
it bandant

si l'roi des cons perd
ait son trône,

y'aurait 50 millio
ns de prétendants.













ANALYSE








7. Hexagone




Sa
ns aucune hésitation LA chanson de l'album. Cette chanson est la plus représentative du style "chanteur de rue" déjà maintes fois ressenti jusqu'ici. Cependant, le message est pour une fois généraliste. On sort du cadre de la capitale, tous les Français se font nettoyer au vitriol. La musique importe peu, les trois ou quatre pauvres accords ne sont là que pour s'effacer devant le flot caustique des paroles. La chanson se veut provocante, la forme rejoint le fond. Ceux qui gardaient un goût de trop peu depuis "Société tu m'auras pas" recoivent enfin une dose correcte. C'est au burin que Renaud finalise le personnage qu'il veut faire ressortir de l'album. Aujourd'hui encore, cette chanson, légèrement remaniée pour suivre les réalités de ce monde, se positionne comme une incontournable de Renaud et le restera sans doutes encore longtemps, comme tout besoin de message que l'on attend obstinément mais qui ne se concrétise jamais vraiment.



# Posté le mercredi 22 février 2006 10:37

Ecoutez-moi les gavroches

Ecoutez-moi les gavroches

Ecoutez moi les gavroches

(Renaud
Séchan / J.Néro / F.Bernheim)



Pour toutes les fleurs du béton,

p
our tous les gamins de Paris,

j'ai
composé cette chanson

pour éclair
er leurs sombres nuits.



Pour
ceux qui vivent sur le bitume,

qui
n'ont jamais vu le gazon,

qui ne
connaissent que la brume,

qui n'on
t qu'un ciel gris pour plafond.



Ecoutez-mo
i, les Gavroches,

vou
s les enfants de la ville,

non Par
is n'est pas si moche,

ne pensez p
lus à l'an 2000.



O
uvrez vos yeux pleins d'innocence

sur un Paris qui vit encore

et qui
fera de votre enfance

le plus me
rveilleux des décors.



Voyez pl
us loin que l'horizon,

le temps n'
a pas tout démoli,

les
rues sont pleines de chansons,

le
s murs ne sont pas toujours gris.



Ecoutez
-moi, les Gavroches,

v
ous les enfants de la ville,

non P
aris n'est pas si moche,

ne pensez
plus à l'an 2000.



Traînez vos
vies dans les ruelles,

dans les v
ieux bistrots, dans les cours,

et
sur les pavés éternels

qui n'ont
pas quitté les faubourgs.



Alle
z respirer sur la Butte

tous les p
arfums de la Commune,

souvenir de Paris qui lutte,

et q
ui pleure parfois sous la Lune.



Allez, Eco
utez-moi, les Gavroches,

vous les
enfants de ma ville,

n
on Paris n'est vraiment pas si moche,

ne pense
z plus à l'an 2000





ANALYSE




8. Ecout
ez-moi les gavroches



Cet "Amoureux de Paname" bis, bien plus pâle que son grand frère, ne confirme que ce que l'on avait déjà senti dans l'album. Renaud semble avoir du mal à varier son inspiration et semble s'étouffer dans son style, ses sujets, au point de ne plus pouvoir éviter les redondances. Si un deuxième album doit voir le jour, il devient urgent de se renouveler.



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# Posté le mercredi 22 février 2006 12:37

Modifié le mardi 10 juillet 2007 14:36

Rita

Rita

Rita (Chanson d'amour)

(
Renaud Séchan)





R
ita donne-moi ton coeur

Rita donne-moi ta main

R
ita donne-moi ta soeur

Rita nous partons demain







ANALYSE





9.
Rita



La
chanson-gag, par le fond ou la forme, est une voie de secours possible . "Rita" en est le meilleur exemple. Cette chanson arrive comme un énorme croche-pied pour ceux qui se satisfaisaient de l'ambiance générale de l'album. Et même si la chanson en elle-même à une forte odeur de vite-vite-pour-avoir-une-plage-de-plus-sur-l'album, une brèche vient de s'ouvrir et Renaud s'y engouffrera bientôt totalement, délaissant un peu les extrêmes où il se condamnait à s'enfermer, partant à la conquête d'un public sans doute plus sain, mais surtout plus nombreux.



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# Posté le mercredi 22 février 2006 12:39

Modifié le mardi 10 juillet 2007 14:08